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Jeudi 30 mars 2006

par Weird publié dans : La Bête
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Mardi 28 mars 2006

L’atmosphère d’exaltation qui régnait autour de la table fut instantanément remplacée par un sentiment d’urgence et de panique. Le peintre se leva rapidement, et nous dit d’un ton brusque : « Ils ne doivent pas me trouver ici, ma présence serait considérée comme suspecte. N’oubliez pas que je souhaite rester neutre dans ce conflit. ». Sentant que nous allions bientôt nous séparer, mais désireux de le remercier rapidement, je rétorquai : « En apparence uniquement… Vous venez pourtant de prendre position, et je n’oublierai pas l’aide que vous nous avez apportée. ». L’homme eut alors une expression étrange, comme s’il avait voulu me répondre quelque chose mais s’était soudain ravisé. Il préféra clore notre discussion par le conseil suivant : « En gardant le coffret sur toi, tu pourras le ramener dans le monde de l’éveil. Et fais bien attention : il contient plusieurs dessins, qui sont rangés dans un ordre précis. Aussi tentant que cela puisse être, tu ne dois regarder que le premier ! Il représente le lieu où t’attend ton amie. Si tu prenais connaissance des autres, la destination de ton prochain voyage serait incertaine, et ton initiation compromise. Bonne chance… ». Et sur ces mots, il disparut.

J’avais déjà été témoin d’un tel phénomène, lorsque les hauts-rêvants de la Croisée des mondes s’étaient réveillés, mais cela me fit tout de même un drôle d’effet. Le peintre n’était simplement plus là, alors qu’il me parlait encore l’instant d’avant. Si les gardiens disposaient de pouvoirs de ce type, pourquoi donc la harpiste n’avait-elle pas utilisé cette capacité lorsque le Visiteur avait attaqué son château ? Sans doute n’avait-elle pas souhaité fuir en abandonnant sa fille aux boggarts… Tandis que je réfléchissais, la tenancière s’était levée à son tour, et avait ouvert la fenêtre du petit salon. « Vite, passez par ici ! » m’ordonna-t-elle. Galvanisé par mon succès avec la bougie, je lui demandai : « Vous ne souhaitez pas que je reste pour combattre les boggarts ? ». « Surtout pas ! » répondit-elle précipitamment. « Même si nous arrivions à les tuer, leur disparition attirerait l’attention. Le mieux est qu’ils ne découvrent rien. ». Passant la tête par la fenêtre, je constatai avec soulagement qu’elle donnait sur le balcon qui entourait l’édifice. « Cachez vous-là pendant qu’ils fouillent à l’intérieur. » continua la jeune femme, « Cela vous donnera le temps nécessaire pour vous réveiller. ».

Obéissant à ses instructions, je montai sur le sofa puis franchis la fenêtre, tout en prenant soin de ne pas lâcher le petit coffret. Je m’accroupis dans l’ombre, me collant au plus proche du mur pour ne pas être visible d’en bas. A travers les croisillons sculptés de la rambarde, je distinguais le sol devant le bâtiment mais ne pu voir personne. Par contre, des éclats de voix me parvinrent du rez-de-chaussée, dont la porte était manifestement ouverte. Les boggarts devaient être en train d’interroger les clients de la salle commune. La tenancière me tapota légèrement sur l’épaule pour attirer mon attention. Elle tenait à la main une petite bouteille en verre sombre. « Buvez-ça ! » me dit-elle dans un souffle. « J’avais prévu que nous aurions peut-être à interrompre rapidement notre rendez-vous, aussi je vous ai préparé quelque chose qui vous aidera à dessaouler. Bon courage pour la suite. ». Je pris la bouteille qu’elle me tendait et voulu la remercier, mais elle avait déjà refermé la fenêtre.

J’ignorai en combien de temps agirait sa mixture, mais il fallait que je me réveille le plus vite possible. Tout en ôtant le bouchon de liège qui la scellait, je parcourus des yeux le paysage alentour. Quand pourrai-je revoir ces lieux, et où allait m’amener le dessin du gardien ? L’air extérieur était très doux, comme celui d’une calme nuit d’été. Un fracas de vitre brisée à l’étage du dessous me ramena brusquement à la réalité - ou plutôt à mon rêve. La douceur de cette nuit ne devait pas me faire oublier que j’étais sur la Lune, en train d’essayer d’échapper à des gnomes monstrueux… Comme ces derniers semblaient mener une fouille plutôt musclée, j’avalai rapidement le contenu de la petite bouteille. L’instant suivant, je regrettai déjà mon geste : je n’avais jamais rien bu d’aussi horrible de toute ma vie ! Un affrontement contre une armée de boggarts aurait été préférable à cette ignoble boisson.  Me retenant à grand peine de vomir, je serrais le coffret contre moi, espérant que mon réveil ne tarderait plus désormais.

Des bruits venant d’en bas attirèrent mon attention, et je constatai que plusieurs hauts-rêvant étaient en train de s’enfuir du bâtiment. Décidément, je ne risquais guère de devenir populaire au sein de cette communauté… Chacune de mes visites à la Croisée des mondes semblait devoir se terminer par une rafle de ces créatures. Tout en sentant mon estomac se contracter dangereusement, je m’interrogeai sur la présence de ces monstres. D’après le récit de la tenancière, ils n’étaient pas revenus depuis des semaines. Pourquoi investissaient-ils la taverne justement cette nuit, alors que je m’y trouvais ? Deux hypothèses me vinrent à l’esprit : soit ils disposaient d’un moyen de détecter ma présence, soit quelqu’un les avait prévenus que je serai là. Et si cette seconde théorie était la bonne, qui donc avait pu nous trahir ? A part Gwennen, le peintre et la tenancière - et à ma connaissance - seul l’albinos avait eu vent de ma venue. Se pourrait-il qu’il se soit mis au service de notre ennemi, comme le haut-rêvant m’ayant piégé la fois précédente ?

Des bruits de pas me firent tourner la tête vers la gauche. Plusieurs personnes progressaient sur ce balcon, se rapprochant de moi ! La lueur caractéristique d’une torche devint d’ailleurs visible de l’autre côté du bâtiment. Heureusement, la fenêtre par laquelle j’étais sorti se trouvait à l’opposé, et je pus rapidement franchir les quelques mètres qui me séparaient du coin le plus proche. Toujours accroupis, je m’adossais au mur, tâchant de réprimer des haut-le-cœur de plus en plus fréquents. Non seulement cette potion répugnante ne me réveillait pas, mais en plus ma nausée augmentait à chaque seconde. Si je devais faire face aux boggarts, mon état physique m’empêcherait certainement de les combattre efficacement. Alors que les bruits de pas continuaient à se rapprocher, une idée me traversa l’esprit. Et si c’était la tenancière elle-même qui les avait prévenus ? Après tout, le Visiteur l’avait menacé directement, et il lui avait ordonné de me faire prisonnier. C’était exactement ce qu’elle venait de faire, me coinçant sur ce balcon, non sans m’avoir empoisonné auparavant. Fallait-il que je sois naïf pour me faire avoir une nouvelle fois de la sorte ! Les boggarts n’étaient plus qu’à quelques mètres de moi maintenant, et j’étais trop malade pour continuer à fuir ainsi autour du bâtiment. Je me mis donc debout pour les attendre, résigné à vendre ma peau aussi chèrement que me le permettraient mes jambes flageolantes…

par Weird publié dans : Chroniques
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Vendredi 24 mars 2006

Généralement, lors d'une discussion où je parle de mes films préférés, je constate deux sortes de réaction chez mes interlocuteurs lorsque j'évoque Conan le barbare. Il y a "ceux qui savent", dont l'œil se met immédiatement à pétiller, et qui approuvent avec un sourire entendu. Et il y a les autres (c'est à vous que je m'adresse aujourd'hui !), ceux qui n'ont jamais vu ce film - ou qui n'ont pas pris le temps de bien l’étudier - et qui répondent par une grimace dédaigneuse signifiant : "Hey, je croyais qu'on parlait de vrai cinéma, pas de navets italiens où des culturistes en slip de fourrure distribuent des coups d’épée…" :-)

Je ne vais pas vous faire un résumé de l’histoire (il doit y en avoir des dizaines sur le web), mais vous inviter à vous poser la question de savoir ce qui fait qu'un film soit réussi ou pas (je ne parle pas de réussite commerciale, mais du plaisir qu'on prend à le regarder). Je crois personnellement que c'est le subtil mélange des éléments qui le composent : le scénario, l'interprétation, la réalisation, le visuel (décors et costumes), la bande originale, etc. Je suis d'accord avec le fait qu'on puisse adorer un métrage uniquement pour l'une de ses qualités, en faisant l'impasse sur les autres. Ceci étant dit, il me semble que dans Conan le barbare, le subtil mélange énoncé ci-dessous atteint un dosage absolument parfait.


On trouvera facilement des acteurs aux carrière plus prestigieuses que ceux officiant ici, mais ces derniers sont littéralement possédés par leurs personnages (Schwarzenegger et James Earl Jones ont du prendre de la drogue avant de tourner certaines scènes, c’est pas possible !). Il existe des milliers d'autres films dont le scénario sera plus complexe, mais celui-ci est taillé sur mesure pour ce grand spectacle. Le cadrage et le montage sont selon moi carrément exceptionnels, et devraient être décortiqués avec attention par tout cinéphile qui se respecte. Chaque plan est un véritable tableau, ou plutôt la case d’une bande dessinée épique et furieuse. Quant à la BO, c'est assurément la plus évocatrice que je connaisse. En écoutant la musique, vous vous souviendrez à chaque instant de la scène à laquelle elle correspond. D'ailleurs, même sans connaître - ni aimer - le film, c'est un disque absolument exceptionnel que je vous invite à découvrir !

Oubliez vos a priori sur le gouverneur de Californie, ce n'est pas de cela que l'on parle. Et pendant que vous y êtes, vous pouvez également oublier les deux suites cinématographiques navrantes des 80s, ainsi que la pitoyable série télé de la fin des 90s. Trouvez-vous sans tarder le DVD de Conan le barbare, et ne boudez pas votre plaisir de spectateur ! Chaque scène de ce chef-d’œuvre est un monument digne d'admiration… Pour les plus jeunes, vous pourrez découvrir le film ultime d'heroic-fantasy, à côté duquel la récente trilogie du Seigneur des Anneaux (que j’aime pourtant beaucoup) n'est qu'une aimable farce hollywoodienne en images de synthèse...

 

 

par Weird publié dans : Cinéma
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Mercredi 22 mars 2006

par Weird publié dans : La Bête
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Lundi 20 mars 2006

J’accueillis cette annonce avec une certaine appréhension. J’étais bien entendu excité à l’idée d’en apprendre d’avantage sur les capacités dont je disposais, mais le terme « initiation » que venait d’utiliser le gardien m’effrayait quelque peu. Aurais-je à faire face à des sortes d’épreuves pour montrer que j’étais digne de ces pouvoirs ? Finalement peu désireux de commencer immédiatement, je gagnais du temps en posant une question à la tenancière : « La dernière fois, vous m’aviez dit que vous étiez une haute-rêvante. Et pourtant, vous semblez disposer de pouvoirs proches de ceux des gardiens. Vous êtes capable de m’interdire l’accès de la Croisée des mondes, tout comme la Harpiste m’a banni de son domaine. Comment est-ce possible ? ». La jeune femme me sourit aimablement avant de me répondre : « C’est parce que suis dans cet établissement depuis très longtemps. Le vrai tavernier, originaire de ces contrées, est en quelque sorte le gardien de ce no man’s land situé entre les deux domaines. Il m’a choisie comme assistante et m’a initié à certains de ses secrets parce que… et bien, disons que je m’y connais en ivresse ! ». J’acquiesçais d’un signe de tête, lui rendant son sourire.

« Quant à moi , je ne pourrais pas m’occuper de ton initiation » reprit le gardien, « car tu n’es pas entré dans les contrées du rêve par mes terres. Je suis plus à l’aise avec les artistes qu’avec les romantiques dans ton genre. ». Cette information me mit mal à l’aise. Si je suivais son raisonnement, j’aurai certainement dû être « initié » par la gardienne de la forêt… La tournure de notre première rencontre avait hélas fait avorter cette relation avant même qu’elle commence. Le peintre continua : « Mais tu n’es pas totalement ignorant non plus. Ayant découvert notre monde par le Manoir de l’Absolu, tu as eu accès à une bibliothèque fort bien fournie. J’imagine que tu as dû en profiter pour étudier les nombreux ouvrages qu’elle contient ? » . Je répondis par un mouvement du menton qui ne signifiait rien de particulier. Je me sentais pris au piège de cette discussion, où le gardien semblait surestimer mes connaissances. Il enchaîna d’ailleurs dans ce sens en ajoutant : « Oui, forcément, sinon tu serais stupidement mort de froid en sortant du manoir ! ». Mes deux interlocuteurs semblèrent trouver cette remarque fort spirituelle car ils se mirent à rire de bon cœur. Comment leur avouer que je n’avais lu aucun livre du manoir à part le journal de Monsieur C., et que j’avais justement failli périr en quittant la bâtisse sans précaution ?

« Enfin… », continua le gardien de sa voix chaude et profonde, « … il est temps de commencer comme je te l’ai dit. La première chose que tu dois bien comprendre est la différence qui existe entre un rêveur et un haut-rêvant. ». Reprenant un air sérieux, ils me fixèrent tous les deux du regard. « Un simple rêveur… » dit la tenancière « … n’a accès qu’aux basses-terres du rêve. Il s’agit d’un lieu instable et chaotique, où ceux qui s’y promènent ne peuvent contrôler leur rêve. Ils le subissent, et bien qu’ils en soient les protagonistes, ils peuvent rarement agir sur son déroulement. S’ils y croisent d’autres personnes du monde de l’éveil, des connaissances à eux par exemple, ces dernières ne sont que des chimères fantasmées… A l’inverse, un haut-rêvant - comme vous ou moi - peut accéder aux hautes-terres du rêve. Ces contrées sont bien définies et existent même lorsque nous ne rêvons pas. Les seules personnes du monde de l’éveil que nous pouvons y croiser sont les autres hauts-rêvants. Et surtout, nous sommes conscients de rêver, et nous pouvons ainsi contrôler ce qui nous arrive. ».

Sans me laisser le temps de réagir à ces fabuleuses révélations, le gardien reprit la parole. « C’est un concept simple mais fondamental, et il faut impérativement que tu en sois conscient à chaque instant. Tu ne subis pas ton rêve comme un récit qui te serait imposé, mais tu disposes à chaque instant du choix de tes actions. Nous allons mettre cette première leçon en pratique à l’aide d’un exercice. Approche cette source d’éclairage de la table. ». Le peintre me désignait du doigt une des bougies de la pièce. Pendant quelques instants, je ne compris pas ce dont il s’agissait. Voulait-il que j’utilise ces pouvoirs dont je semblais disposer pour faire léviter la bougie jusqu’à nous, ou souhaitait-il tout simplement que je me lève et que j’aille la chercher ? A la réflexion, il était fort possible que ce choix que j’étais sur le point de faire fut le but même de cet exercice… Bon, étant donné qu’il s’agissait d’une initiation pour développer mes capacités de haut-rêvant, il désirait probablement que je le fasse sans bouger de ma chaise. Ma précédente tentative de contrôle de cette « force » s’étant soldée par un douloureux échec, c’est sans trop de conviction que je tournai la tête vers la bougie et commençai à me concentrer…

Tout en fixant la flamme, je repensais aux prodiges que j’avais pu accomplir. Même si je n’en étais pas vraiment fier, la pétrification de la gardienne avait été un franc succès. J’avais également réussi à lui rendre la vie, ou encore à balayer une troupe de boggarts. Et pourtant… à plusieurs reprises - et pour des effets nettement plus modestes - ma capacité à agir mentalement sur mes rêves avait refusé de se manifester. Et cette fois encore, j’allai échouer à coup sûr, car les secondes s’écoulaient tandis que la bougie restait désespérément dans la niche du mur. « Mais que fais-tu ? » me demanda brusquement le gardien, mettant un terme à ma concentration. Sa question venait de prouver qu’il devait finalement attendre de moi que je me lève pour aller la chercher. Sa leçon avait peut-être simplement pour but de me démontrer que j’étais capable d’agir physiquement sur mon environnement ? Et pourtant… à peine avait-il terminé de poser sa question que, sans le moindre signe avant-coureur, la bougie s’envola de son emplacement ! Elle franchit la distance qui la séparait de nous en un clin d’œil et, défiant les lois de la physique, s’immobilisa au centre de la table, dressée comme si elle disposait d’un bougeoir, et toujours allumée…

L
a tenancière n’avait pu s’empêcher de pousser un petit cri de surprise. Le gardien lui-même perdit un peu de sa prestance et sursauta au moment où la bougie toucha la table. Pour ma part, j’étais alors aussi étonné qu’eux, car je ne comprenais plus rien à ce qui venait de se passer. A voir leurs têtes, je m’étais assurément trompé sur le but de l’exercice. J’avais malgré tout réussi à utiliser mes capacités, et pourtant… Mon pouvoir s’était déclenché au moment où je cessais de me concentrer, alors même que j’avais renoncé à l’idée d’y arriver. La tenancière fut la première à reprendre la parole. Me tapant sur l’épaule d’un geste familier, elle me félicita : « Mais c’est fantastique, vous maîtrisez parfaitement votre imagination ! ». Je la remerciai tout en haussant les épaules pour lui signifier que j’étais le premier surpris de cette démonstration. « C’est très bon signe. » ajouta le peintre en retrouvant sa superbe, « Ton initiation semble… ». Il laissa sa phrase en suspens, tournant promptement la tête vers la fenêtre. La femme eut la même réaction, comme s’ils avaient tous deux entendu un bruit qui m’aurait échappé. « Des boggarts ! » dit-elle dans un souffle. « Ils vont… non, ils viennent d’entrer dans la salle commune… ».

par Weird publié dans : Chroniques
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