
Retrouvez l'intégralité des chroniques d'un haut-rêvant et des aventures de La Bête sur mon site :-)
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Notre histoire commence dans le 12ème arrondissement parisien, en mars 2004… Là, imaginez un immeuble dont on peut accéder à la cave en se glissant par un trou (enfin, lorsqu’on est un chat bien sûr !). C’est dans cette cave qu’a décidé de s’installer Madame Courtepattes. Elle va bientôt donner naissance à ses bébés (de père inconnu, c’est du propre…), et pour l’instant, elle préfère rester discrète…

Je cessai immédiatement de penser aux propriétés optiques du cristal, tandis que mon cerveau basculait dans un mode de réaction instinctif. Bien que vous puissiez sans doute ressentir une certaine inquiétude à mon égard, vous ne pourrez qu’imaginer la panique qui s’était emparé de moi. A ce moment précis, le fait que mon adversaire soit une espèce de mort-vivant n’avait absolument aucune importance. Lâchant aussitôt le cristal, j’avais refermé mes mains sur les poignets de la chose, et je tentais uniquement de mettre fin à son étreinte. Hélas, la créature devait certainement avoir simulée sa précédente faiblesse, car elle exerçait désormais une formidable pression sur mon cou. Je bondis sur mes jambes, espérant que ce mouvement pourrait me libérer, mais l’être innommable ne lâcha pas prise…
J’avais tout de même réussi à me mettre debout, la chose accrochée à mon dos comme un horrible parasite. Ses jambes osseuses se refermèrent autour de ma taille, renforçant sa prise. De mon côté, mes efforts pour écarter ses mains restaient inutiles. La différence flagrante entre sa légèreté (je la portais sans peine) et la force qu’elle était capable de déployer ajoutait encore à l’horreur de la situation. Tournoyant sur moi-même, je tentais de la déséquilibrer, mais l’abomination tenait bon. Je commençais à manquer d’air, mais une nouvelle idée me traversa l’esprit. Peut-être pouvais-je blesser cette chose en l’écrasant quelque part ? Après avoir prit tout l’élan que me permettait l’exiguïté de la cabane, je me projetai brusquement en arrière en direction d’une étagère. Le choc fit s’effondrer sur mon crâne une bonne partie du contenu des étagères, mais mon adversaire ne sembla pas du tout affecté. Et pour combler le tout, un objet renversa la bougie qui s’éteignit aussitôt.
C’est donc dans l’obscurité la plus totale que se poursuivit notre lutte qui, je l’avoue, n’avait rien de bien héroïque. J’étais en train de m’agiter dans tous les sens, consommant bien trop rapidement le peu d’oxygène que renfermaient encore mes poumons. C’est sans doute cette sensation d’étouffement qui me poussa inconsciemment à tenter de sortir de la cabane. En m’orientant de mémoire, je me dirigeai vers la porte d’entrée, sans autre but précis que de me retrouver à l’air libre. Le seul élément positif dans la façon dont cette créature était en train de me tuer fut qu’elle me laissait libre de mes mouvements. J’allais donc avoir le plaisir de mourir sous la pluie et non dans cette baraque poussiéreuse. Ma vision était en train de virer dangereusement du noir au rouge lorsque je réussis enfin à ouvrir la porte et à me précipiter dehors.
Je n’avais pas fait trois mètres que je m’étalai de tout mon long, ma course brusquement interrompue par le sol détrempé. L’orage semblait avoir atteint son apogée, comme si le ciel avait voulu rendre encore plus difficile mon combat. Mon pied avait glissé dans le marécage qui semblait désormais entourer la cabane. Roulant sur le dos, j’utilisai mes dernières forces pour envoyer de grands coups de tête dans le visage de mon ennemi, mais mes assauts restèrent une fois de plus sans effet. Relâchant mon effort, je commençais à sombrer dans une torpeur que je savais fatale, mais contre laquelle j’étais incapable de lutter. J’étais allongé dans la boue, avec cette chose toujours fixée à mon dos qui m’étranglait avec la même inflexibilité. Mes yeux se fermèrent à moitié, comme pour m’aider à accueillir cette léthargie qui commençait à remplacer ma douleur. C’est dans ce semi-coma que je cru distinguer le visage de Gwennen se pencher vers le mien…
Je ne garde aucun souvenir de ce qui se passa dans les minutes qui suivirent cette vision. Lorsque je repris conscience, j’étais toujours à l’extérieur, assis dans une bonne épaisseur d’eau. Gwennen m’avait traîné jusqu’à la cabane contre laquelle elle m’avait adossé. Elle se tenait accroupie à mes côtés, aussi couverte de boue que je pouvais l’être. Elle avait accroché à un clou au-dessus de nous une lanterne allumée. Cette dernière créait une sorte de halo lumineux dans la nuit, et j’eus l’inexplicable impression que rien, pas même la pluie, ne pouvait nous atteindre tant que nous resterions là. Gwennen me sourit, soulagée de voir que je revenais à moi. J’étais dans un état étrange, comme celui que peut connaître un simple rêveur lorsqu’il est à la frontière entre le songe et la réalité. Encore à moitié évanoui, je contemplai le visage de Gwennen comme s’il avait été celui d’un ange. Pour la première fois depuis notre rencontre, je réalisais à quel point elle était séduisante. Elle avait évidemment hérité de l’exceptionnelle beauté de sa mère, mais pas de cette perfection absolue qui rendait la Harpiste si inhumaine. Elle se pencha tendrement vers moi, essuyant avec douceur la boue qui maculait mon visage. Je ressentis soudain une envie irrésistible de l’embrasser…
Et c’est alors que je finis totalement de me réveiller. Aussi soudainement que ma vision redevint nette, la brume romantique qui flottait autour de moi disparut. La lanterne nous éclairait toujours, mais sa lumière n’avait plus rien d’une protection magique. La pluie tombait par seaux entiers sur nous, j’avais la gorge douloureuse et les jambes en coton. Les traits de Gwennen ne reflétaient que la fatigue et l’inquiétude, et elle tremblait de froid dans ses vêtements trempés. « On peut dire que tu m’as fait peur, haut-rêvant… » me dit-elle en grelottant. « Viens, allons nous abriter à l’intérieur. ». Elle m’aida à me relever et me soutint tandis que nous entrâmes dans la cabane. Elle me fit m’asseoir sur le lit avant de ressortir quelques secondes le temps d’aller chercher sa lanterne. « Et le cadavre ? » la questionnai-je, « Ne risque-t-il pas de revenir ? ». « De quel cadavre parles-tu ? » me répondit Gwennen, étonnée par ma question…
D’une voix rendue rauque par l’étranglement que j’avais subi, je relatais à mon amie ce que j’avais vécu depuis mon éveil dans la cabane. Tour à tour intriguée et effrayée par mon récit, elle hochait régulièrement la tête, comme si ce que je lui racontais avait un sens pour elle. Lorsque j’eus terminé, elle me donna les explications qui me manquaient. « Ce bâtiment est un lieu que l’on pourrait qualifier de « négatif ». Il existe de nombreux endroits de cette sorte dans les hautes-terres. Il peut s’y passer des choses effrayantes, qui dépassent l’entendement, même pour nous. Ma mère m’avait expliqué que ces zones d’ombres existent également dans le monde de l’éveil. Si un bâtiment présente ces caractéristiques, vous direz qu’il s’agit d’une maison hantée par exemple. Ceux qui la visitent y projettent leurs peurs, qui se matérialisent plus ou moins en fonction de leur imagination. En tant que haut-rêvant, lorsque tu voyages dans nos terres, les choses que tu rencontres font partie de ton rêve. Je suppose que la créature dont tu me parles devait être… comment dire… une sorte de cauchemar. Quoi qu’il en soit, tes pouvoirs de haut-rêvant t’ont permis de la vaincre. C’est l’essentiel, et c’est très bon signe ! » conclut-elle avec un grand sourire.
Malgré son enthousiasme habituel, ses explications ne me satisfaisaient pas. J’étais bien évidemment en train de rêver, et – influencé par ce lieu négatif – j’avais effectivement pu « créer » cet ennemi cauchemardesque. Mais la fin de notre lutte, telle que je m’en souvenais, ne correspondait pas du tout avec ce que me suggérait Gwennen. A moins que le manque d’oxygène ait pu brouiller mes souvenirs (ce qui était également possible), c’était bien ce cadavre qui avait fini par l’emporter sur moi. Aurai-je donc pu utiliser mes pouvoirs instinctivement, alors que je sombrais dans l’inconscience, et me débarrasser de cet ennemi fantasmatique ? Je devais bien admettre que j’étais allongé seul dans la boue lorsque Gwennen m’avait découvert en arrivant ici quelques minutes auparavant. « Au fait… » la questionnai-je soudainement, « … pourquoi m’avoir donné rendez-vous dans un tel lieu ? ». « Ce lieu n’est qu’une étape de notre voyage. » me répondit-elle. « Dès que nous aurons trouvé le cristal qui doit être caché ici, nous partirons vers le lieu de ton initiation ! ».
Si j’en crois les premiers commentaires postés à la suite de ma précédente note, l’arrivée de la maman de La Bête dans la maison de son fiston semble vous intriguer. Je pense qu’il est donc nécessaire que je vous explique le pourquoi du comment. Et plutôt d’un long discours, un roman-photo serait plus parlant, non ? Je vous annonce donc avec plaisir que dans les prochaines semaines, vous pourrez découvrir - en images et en bulles - l’histoire de Madame Courtepattes !
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