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Dimanche 25 mars 2007

A nouveau conscient de ne plus maîtriser la situation, je la repoussai brutalement. Qu’avait-elle donc en tête ? Pensait-elle me séduire et profiter de ma victoire sur ces terres ? La tenancière se déplaça autour de moi, sans me quitter des yeux. Son sourire ne me plaisait pas, et je compris qu’elle se rapprochait de la porte. « C’est moi qui ai la clef ! » lui lançai-je d’un ton provocateur. « Et vous pouvez la garder. » me répondit-elle, victorieuse. « Je ne veux pas fuir, mais vous bloquer toute retraite… ». Son audace me fit m’esclaffer : « Je crois que quelque chose t’échappe, petite… ». Ma phrase resta en suspens tandis que ma voix s’étranglait. Quelque chose venait d’exploser silencieusement à l’intérieur de mon crâne, m’empêchant de me concentrer. Je fis un pas dans sa direction mais, tel un ivrogne, ne réussis qu’à partir sur le côté. Luttant pour conserver mon équilibre, je tâchai d’atteindre le lit pour m’y asseoir. Quelques secondes plus tard, je m’étais effondré sur le sol de la chambre. Au bord de l’inconscience, je vis la femme s’approcher et s’accroupir près de mon visage. « Ne résistez pas… » murmura-t-elle avec une douceur inattendue, « … ça ira mieux tout à l’heure. ». Je tentai de rassembler mes esprits pour la foudroyer, mais l’effort me fit sombrer dans l’inconscience…

Lorsque mon cerveau se remit à fonctionner, j’étais à quatre pattes. La tenancière, quant à elle, me soutenait tout en me parlant à voix basse. Et je vomissais, sans pouvoir m’arrêter, une sorte de liquide sombre et répugnant. J’ignore combien de temps dura cette ignoble purge, mais je me fis la remarque que mon estomac n’était pas assez grand pour contenir une telle quantité. La femme, nullement dégoûtée par la situation, m’encourageait comme on parle à un malade. Mes spasmes finirent par s’espacer puis s’arrêter, et je sus… que j’avais enfin retrouvé ma vraie personnalité ! Elle m’aida à me relever et à m’asseoir sur le lit, en prenant garde de ne pas glisser sur ces infâmes souillures. Désignant le liquide à nos pieds, je lui demandai d’une voix cassée : « Qu’est-ce que c’est que cette horreur ? ». Elle me saisit par le menton et plongea son regard dans le mien, à la manière d’un médecin. Satisfaite de son examen, elle répondit : « Et bien, pour faire court, disons que c’était la haine et la folie qui étaient en vous. Vous devez vous sentir vidé non ? ». Esquissant un faible sourire, je fis un mouvement circulaire de la main pour désigner le sol, avant de lui répondre : « On le serait à moins, non ? ».

L’heure qui suivit mon retour à la normale fut très pénible à vivre. Avec la raison, j’avais également recouvré le sentiment de culpabilité. Et je me souvenais de tout ce que j’avais pu dire ou faire au cours des dernières semaines. La tenancière me fut d’un immense secours, me forçant à parler pour lui raconter ce que je savais. Le fait de partager mes exactions me soulagea ainsi d’une grande partie de leur poids. Elle écouta avec le plus grand sérieux, complétant parfois mon récit par des informations que j’ignorais alors. Et elle fit surtout en sorte de me persuader que je n’étais pas responsable de ce qui s’était produit. Elle y réussit dans une certaine mesure, mais aujourd’hui encore je ne suis toujours pas entièrement convaincu. Bien que rien ne puisse confirmer ma théorie, je suspecte que le breuvage qu’on m’avait fait prendre n’ait finalement servi qu’à exagérer un sombre aspect de ma personnalité. J’espère simplement que j’ai pu l’évacuer en même temps que ce liquide, mais seul l’avenir me le dira… Quoi qu’il en soit, sa thérapie fonctionna et, bien que profondément bouleversé, je réussi à surmonter suffisamment mon remord pour avoir envie de réagir.

De son côté, la tenancière m’expliqua comment, à l’aide d’une poignée de haut-rêvants et de quelques habitants courageux, elle avait tenté de s’opposer à mes plans de conquête. Cette résistance avait peu à peu été réduite à néant, aussi avait-elle finalement décidé de changer de tactique. C’était de cela qu’elle parlait lors de sa soi-disant capture. Son but était effectivement de venir seule jusqu’ici et de réussir à s’isoler en ma présence. Sa grande connaissance des alcools et des plantes lui avait permis de préparer un antidote à mon intention. A l’approche du château, sachant qu’elle serait tôt ou tard repérée et fouillée, elle en avait copieusement enduit ses lèvres avant de se débarrasser du récipient dans la forêt. Il ne lui restait plus qu’à m’embrasser d’une manière ou d’une autre… Pour ne pas paraître suspecte, elle avait finalement réussi à me manipuler pour que ce soit moi qui provoque ce baiser salvateur. Impressionné par l’ingéniosité mais surtout le courage qu’avait nécessité un tel plan, je lui fit part de ma gratitude et de mon admiration. Elle me regarda d’une manière troublante, avant de faire cette réponse en demi-teinte : « J’avais d’abord envisagé de vous empoisonner une bonne fois pour toute. Mais j’ai fini par vous considérer comme une arme aux mains de nos ennemis… Je me suis donc dit que notre camp aurait besoin d’une telle arme. ».

Cet aveu me mit mal à l’aise, et j’eu l’impression de faire un bond dans le passé. Comme dans un flash-back, je me revis dans une autre tour de ce château, en compagnie de la Gardienne et du Maître (devais-je désormais continuer à l’appeler ainsi ?). Il avait alors pris l’apparence de cette dernière, soi-disant pour ne pas m’influencer, et tous deux avaient eu la même étrange attitude. Alors que chacun souhaitait que je l’aide à combattre son ennemi, ils m’avaient laissé le choix de rallier l’un ou l’autre camp. Après m’être rangé du mauvais côté, j’avais ensuite rejoins Gwennen, avant de la trahir à nouveau bien malgré moi (en repensant à mon attitude envers elle, j’eu d’ailleurs envie de quitter définitivement les hautes-terres du rêve). Et voici que, grâce à la tenancière, je me retrouvais à nouveau du côté de la harpiste ! Peut-être avait-elle raison, je n’étais sans doute qu’une sorte d’arme dans ce conflit. Chaque adversaire avait tenté de m’aiguiser, à travers cette initiation, afin de pouvoir m’utiliser contre l’autre. Ce sentiment de ne finalement rien contrôler, que ce fut de mes songes ou de mon destin, me peina profondément…

Estimant que j’étais d’attaque, la tenancière me tira heureusement de ces sombres pensées : « Cela fait déjà plusieurs heures que nous sommes enfermés dans cette pièce. Il est temps de sortir, et de profiter de cette position stratégique. ». Heureux de la voir prendre les choses en main, je lui affirmai mon souhait de corriger le mal que j’avais pu faire. Elle me jaugea quelques instant avant de poursuivre : « Je suis contente que vous soyez désireux de vous racheter, car si j’en crois votre récit, nous avons fort à faire. Je pense que le plus important est de délivrer tous ceux qui sont retenus ici, qu’il s’agisse de la Gardienne, de sa fille ou encore des malheureuses victimes de l’embaumeur. Et nous devons aussi détruire cet abominable atelier. Notre avantage réside évidemment dans le fait que les boggarts vous prennent encore pour leur chef. Il nous faudra malgré tout agir rapidement, car ils finiront tôt ou tard par ressentir votre peur. ». Surpris par ces propos, je l’interrompis : « Mais je ne ressens plus aucune peur en leur présence ; je sais que je peux les balayer d’une seule pensée ! ». « Justement pas… » répondit-elle, « … car l’antidote que je vous ai administré vous a fait perdre tous vos pouvoirs. ». La tenancière avait raison : à ce moment, n’importe qui aurait pu lire la peur sur mon visage.

par Weird publié dans : Chroniques
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Dimanche 11 mars 2007

J’avais quasiment atteint la cellule lorsque le messager arriva. Il était fébrile (du moins, autant qu’un boggart pouvait l’être) à l’idée de me transmettre son information. Et, bien que cette dernière impliqua un délai de plusieurs heures avant que je puisse m’occuper de Gwennen, elle me remplit d’une joie mauvaise. Après avoir écouté attentivement son compte-rendu, je le renvoyai au rez-de-chaussée pour préparer mon départ. Pensif, je choisis de demeurer ici quelques instants pour savourer pleinement la situation. J’étais comme un gamin à Noël, hésitant simplement sur l’ordre dans lequel il allait ouvrir ses cadeaux. Cette nuit était décidément exceptionnelle à tout point de vue, et je ne pus empêcher mon rire de résonner dans le sous-sol. Après Gwennen, la tenancière était également à la portée de ma main ! Une sentinelle venait de la repérer à l’orée de la forêt. Cette idiote était seule, et semblait se diriger vers le château. Comme j’avais systématiquement contrecarré les actions de sa pitoyable résistance, il s’agissait sûrement d’une manœuvre désespérée pour m’assassiner. Je supposais que les quelques haut-rêvants ralliés à sa cause l’avait finalement abandonnée, et qu’elle tentait là une approche directe. C’était sans compter sur la vigilance de mes troupes, pauvre naïve !

Hésitant sur la conduite à tenir, les deux boggarts qui montaient la garde devant la cellule de Gwennen s’approchèrent de moi. Ils étaient à la fois curieux de savoir ce qui me mettait de si bonne humeur, et sans doute un peu troublés par la singularité de la chose. Hilare, je leur dis de continuer à bien surveiller leur prisonnière, car je m’occuperai d’elle un peu plus tard. Ils repartirent donc vers la porte de la prison en échangeant des blagues sur sa mort prochaine. Je fis demi-tour et remontai l’escalier au pas de course, tout en laissant vagabonder mes pensées. Il faudrait bien que j’arrive à me décider sur le sort que je réserverai à ma prisonnière. J’étais décidé à la tuer, mais pas sans pleinement profité d’elle. Et avant ça, la Tenancière ferait office d’amuse-gueule ! Le messager avait bien suivi mes instructions, car une dizaine de boggarts lourdement armés m’attendait dans l’entrée du château. J’échangeai ma cape d’intérieur contre un manteau et m’apprêtai à sortir. Bien que les pouvoirs de la musicienne s’amoindrissaient et que le port d’un manteau ne fut plus nécessaire pour évoluer sur son domaine, je préférai ne prendre aucun risque. Après avoir relevé la capuche, je fis signe à ma troupe de me suivre à l’extérieur.

Comme je m’étais attendu à une excitante traque nocturne, je fus déçu de la facilité avec laquelle nous capturâmes la tenancière. Moins d’une demi-heure après avoir quitté le château, nous l’avions déjà cernée ! Son approche, bien que relativement discrète, manquait assurément de subtilité. Sur un ordre de ma part, les boggarts jaillirent des sous-bois et l’entourèrent de manière menaçante. Elle sembla hésiter quelques instants sur la façon dont elle devait réagir, délai que j’employai pour me montrer à mon tour. En m’apercevant, son expression se figea d’une étrange manière, et je sus qu’elle ne montrerait pas de résistance. Mes boggarts eurent tôt fait de lui lier les mains et de la fouiller, mais elle n’était pas armée. En fait, et très bizarrement, elle n’avait absolument rien sur elle mis à part ses vêtements. Avait-elle donc estimé que ses pouvoirs de haut-rêvante seraient suffisants pour me vaincre ? S’ils lui avaient précédemment permis d’échapper à mes patrouilles, elle venait de faire une grosse erreur d’appréciation. A moins que son objectif, en venant ici, fut tout autre ? Comme elle restait silencieuse, et que je ne souhaitai pas l’interroger devant les boggarts, c’est dans le silence le plus total que nous revînmes au château…

Une fois arrivés, je la fis conduire dans ma chambre et demandai qu’on nous laisse seuls. Le dernier boggart ressorti, je verrouillai la porte et glissai la clef dans une de mes poches. La tenancière, les mains toujours entravées, me faisait face avec une attitude neutre. Désireux de lui montrer que je ne la craignais nullement, je passai dans son dos et lui déliai les mains. Tout en frottant ses poignets marqués, elle finit par rompre le silence. « Je suppose que vous vous posez des questions sur la raison de ma présence ici. » dit-elle calmement. « Et également que vous devez trouver ma capture trop facile… ». Bien que n’ayant pas du tout une conduite soumise, elle avait prononcé ces mots sans la moindre arrogance. J’étais effectivement perplexe, mais je ne voulais en aucun cas le lui avouer, aussi me contentai-je de l’inviter à poursuivre. « En fait » continua-t-elle, « je voulais m’entretenir avec vous. C’est pour cela que je suis venue, et c’est pour cela que je ne me suis pas défendue. Je savais que tôt ou tard, vos boggarts me repèreraient. ». Son calme commençait à m’énerver sérieusement, aussi je décidai de changer d’attitude. « Et tu t’es jetée dans la gueule du loup ! » lui assénai-je, victorieux. « Tu as préféré te rendre plutôt que de continuer seule cette lutte inutile ! ». La femme plongea son regard droit dans le mien avant de me répondre : « Je ne suis pas venue pour me rendre, mais pour mettre fin à cette situation. ».

L’assurance qu’elle affichait en prononçant ces mots me mit mal à l’aise. Non seulement cette femme ne semblait pas me craindre, mais elle commençait à m’inquiéter. Elle était désarmée, au sein même d’un château occupé par mes troupes, mais c’était moi le prisonnier, captif de son attitude que je ne comprenais pas. La situation était d’autant plus troublante que j’avais pris l’habitude de terrifier – par ma simple présence – tous les habitants des contrées du rêve, jusqu’à mes propres troupes ! Une idée me traversa l’esprit : et si je n’étais pas en présence de la tenancière, mais du Maître ? Il avait peut-être décidé de prendre son apparence pour me faire subir un test ? Cela aurait en tout cas expliqué ce sentiment d’infériorité que je ressentais alors… Quoi qu’il en fut, j’étais décidé à ne pas laisser paraître mon trouble et à reprendre les choses en main. « Explique-toi clairement ! » lui ordonnai-je soudain. « Je n’ai pas de temps à perdre avec une rebelle dans ton genre. Si tu pensais pouvoir m’assassiner, c’est que tu as largement surestimé tes forces ! ». La femme fit un pas dans ma direction, puis répondit avec le même aplomb : « Je n’aurai effectivement aucune chance de vous tuer. Si je me présente à vous, c’est pour vous apporter mon aide…

Cela fait des semaines que nous nous affrontons en vain. J’ai compris que cette stratégie ne me mènerait à rien. Il est aujourd’hui évident que vous vous êtes rendu maître de ces terres, et que rien ne peut plus vous arrêter. Je ne suis pas de taille à lutter contre votre contrôle du rêve ni votre armée de boggarts. J’ai donc décidé de revoir mon attitude et de modifier nos relations. Pourquoi continuer à vous considérer comme un ennemi alors que j’aurai d’avantage à gagner si nous étions alliés ? ». Bien qu’affichant un sourire séduisant, la tenancière eut un infime trémolo en formulant cette question. Je sus ainsi qu’il s’agissait bien d’elle et non du Maître, et que finalement… elle me craignait ! Désireux de lui montrer ma supériorité, je lui répondis : « Tu préfères donc retourner ta veste et t’allier à moi pour profiter de ma victoire ? C’est effectivement une sage décision, mais que tu prends hélas un peu tard. De plus, qu’aurais-tu à m’offrir que je ne puisse prendre moi-même, avec ou sans ton accord ? ». Excité par cette situation que je dominais à nouveau, je joignis le geste à la parole. Lui agrippant prestement les cheveux, j’inclinai sa tête en arrière et l’embrassai de force. La tenancière se débattit d’abord faiblement, puis finit par me rendre ce baiser avec une fougue surprenante. Quelque chose dans son regard fiévreux m’indiqua alors qu’elle venait d’obtenir ce pour quoi elle était venue…

par Weird publié dans : Chroniques
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Samedi 3 mars 2007

Ainsi donc, Gwennen avait finalement été capturée ? Je ne me souvenais plus vraiment des détails, mais il me semblait qu’elle avait pourtant réussi à m’échapper au Manoir de l’Absolu. Je m’apprêtai à la ramener au château lorsque… Je ne m’en rappelai plus. J’avais vaguement la sensation d’avoir été attaqué, mais par qui ? Instinctivement, je portai une main à mon front, et je ressentis une légère douleur, comme le souvenir d’une ancienne blessure. Peu importait ce qui ce fût passé, l’essentiel était qu’elle se trouva désormais sous les verrous. Le fait que le Maître me l’offrit prouvait qu’il était satisfait de mon travail, et que j’avais su me montrer digne de la confiance qu’il avait placée en moi. Qu’allais-je donc bien pouvoir faire de Gwennen ? J’avais l’intuition qu’il fallait que je l’exécute, mais puisqu’elle était à ma merci, pourquoi ne pas m’amuser un peu avec elle auparavant ? Je sentais confusément qu’elle représentait une menace, mais l’envie de l’humilier et de la terrifier l’emportait sur la prudence. Si jamais les choses commençaient à mal tourner, il serait toujours temps de m’en débarrasser... De manière lente et douloureuse... Peut-être en l’étranglant progressivement, pour que son agonie dure suffisamment…

Le boggart qui se trouvait à mes côtés toussota stupidement, me tirant de mes agréables pensées. Je reportai mon attention sur sa pitoyable face, aussi sèche et parcheminée que celle d’une momie. « Autre chose ? » aboyai-je à son attention. « Oui Seigneur. », me-répondit-il, « Avant de partir, le Maître a terminé l’atelier. Il a dit que vous en auriez la responsabilité, et qu’il espérait trouver de nouvelles troupes à son retour. ». « A-t-il dit quand il reviendrait ? » lui demandai-je. « Non Seigneur, mais nous avons déjà plusieurs recrues qui attendent. ». « Tout ceci est excellent. », lui répondis-je, satisfait de ces informations. « Conduis-moi à eux. ». Tandis que le boggart me guidait à travers les couloirs, s’orientant à l’aide du code que j’avais fait inscrire sur les portes, je me mis à penser à l’avenir. Les choses se déroulaient selon les plans que le Maître et moi avions mis en place. La gardienne et sa fille ne semblaient plus être un problème. Le château était sous notre contrôle, ainsi qu’une bonne partie des terres alentour. Avec un atelier fonctionnel sur place, nous allions pouvoir éviter ces lents transferts de troupes depuis la Forteresse. Dans peu de temps, le domaine tout entier m’appartiendrait, et nous pourrions passer à l’étape suivante. Mon choix n’était pas encore définitif, mais l’idée de m’attaquer à ce traître de Peintre me semblait séduisante.

Après plusieurs minutes de progression, nous arrivâmes à une vaste pièce située à l’arrière du château. Le Maître avait effectivement terminé de l’aménager car j’avais devant moi la réplique de l’atelier de sa Forteresse. Ce lieu m’avait fait une forte impression la première fois que j’y étais entré, et je ressentis un frisson d’excitation à l’idée de disposer de mon propre atelier. Celui-ci comportait pour l’instant six tables de pierre, mais la salle était suffisamment grande pour doubler ce chiffre à l’avenir. Distraitement, je congédiai le boggart qui m’avait servi de guide. Ce dernier obéit promptement, manifestement soulagé que mon intérêt se porta désormais sur les lieux. Entre les tables se dressait le matériel nécessaire au fonctionnement de l’atelier, complexe assemblage de mécanismes et de tuyaux. Et, parqués dans des cages dressées contre le mur gauche de la pièce, les recrues attendaient. Il y avait là une dizaine d’hommes d’apparence misérable, terrés au fond de leurs enclos. Bien que la plupart évita de me regarder, quelques-uns me fixaient avec une haine clairement affichée. Cela ne m’affecta en rien. Dans peu de temps, ils auraient oublié tout ressentiment à mon égard…

Dans le fond de la pièce, un rideau bougea et l’Embaumeur entra dans l’atelier. J’avais déjà eu affaire à lui à deux reprises, et sa présence m’avait toujours mis mal à l’aise. Physiquement, seuls sa taille et ses yeux le différenciaient des boggarts. Tandis que ces derniers mesuraient entre 1m40 et 1m70 pour les plus grands, l’Embaumeur me dépassait d’une bonne tête. Quant à ces yeux, au lieu des habituelles cavités obscures, ils pulsaient d’une désagréable lueur vert-jaune. Malgré mes questions, le Maître n’avait jamais voulu m’en dire plus sur sa nature ni son origine. Bien qu’il se fut toujours montré affable envers moi, j’avais le sentiment qu’il était trop conscient de son unicité. D’un autre côté, nous avions besoin de ses talents, et je ne voyais pas ce que j’aurai pu faire à part rester vigilant à son égard. Il vint se placer face à moi et me salua d’un étrange mouvement de ses bras trop maigres. « Alors… » lui demandai-je, « …est-ce que tout est prêt par ici ? ». « Oui Seigneur. » me répondit-il de sa voix lente. « Le Maître ayant achevé la construction de l’atelier, il m’a demandé de venir m’en occuper. J’attendais votre retour pour traiter les premières recrues. ». D’un ton plus insidieux, il poursuivit : « Vous avez d’ailleurs mis beaucoup de temps à revenir. Etes-vous sûr que tout va bien ? ».

Sa question m’agaça au plus haut point, mais je choisis de rester diplomate. « Un contretemps sans conséquence. » répondis-je pour clore le sujet. « Quoi qu’il en soit, je suis impatient de te voir à l’œuvre. Ces premiers boggarts seront les bienvenus pour remplacer nos pertes. ». « CE premier boggart. » corrigea l’Embaumeur, visiblement content de me contredire. « Je ne vais pas risquer de gâcher plusieurs recrues, alors que nous n’avons pas encore utilisé ce nouvel atelier. ». « D’accord, faisons sans tarder un premier test. » approuvai-je, énervé par son attitude et par ce délai imprévu. D’un pas vif, je vins me poster devant les cages. Maintenant qu’ils savaient que l’un d’entre eux allait servir de cobaye, même les prisonniers les plus agressifs tentaient de se faire oublier. Après m’être délecté de leur terreur, je déverrouillai d’un geste l’une des serrures. L’homme à l’intérieur poussa un glapissement effrayé, et empoigna les barreaux pour échapper à son destin. Les autres, à la fois angoissés et soulagés de n’avoir pas été choisis, le regardaient s’agiter. Rapidement, je l’arrachai à sa cage et l’obligeai à avancer en direction de la table la plus proche. Cette démonstration de ma capacité à le contrôler sans le toucher ne fit qu’augmenter la peur des prisonniers qui devint, pour mon plus grand bonheur, presque palpable.

Après avoir forcé l’homme à s’allonger, je le maintins dans cette position tandis que l’Embaumeur attachait solidement ses membres. Puis il commença à préparer son équipement, manipulant avec un plaisir évident sa machinerie. « Combien de temps pour celui-là ? » le questionnai-je. L’Embaumeur se saisit d’une énorme seringue remplit d’un liquide saumâtre avant de me répondre : « Trois jours environ, mais ce temps sera réduit de moitié par la suite lorsque les machines seront rodées ». « Très bien. » répondis-je, « Fais-moi prévenir à ce moment-là, ou immédiatement si tu rencontres le moindre problème. ». Mon interlocuteur approuva de sa tête desséchée, avant de plonger son aiguille dans le cou de la recrue. Pleinement satisfait, je laissai l’Embaumeur à son travail et quittai l’atelier. Dans trois jours maintenant, le premier boggart créé au château serait disponible. La production pourrait ensuite démarrer, et je me retrouverai bientôt à la tête d’une armée entièrement dévouée à ma cause. C’est avec la satisfaction du travail bien fait que je pris la direction du sous-sol. J’avais hâte de fêter la mise en œuvre de l’atelier, et je me délectai à l’avance de retrouver Gwennen…

par Weird publié dans : Chroniques
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Dimanche 25 février 2007

Une nuit, sans aucun signe avant-coureur, je basculai en effet dans les contrées du rêve. Je m’étais pourtant endormi comme les soirs précédents, sans espoir particulier. Cependant, à mon réveil, je sus avant même d’ouvrir les yeux que j’étais de retour sur la Lune. A demi-conscient, je profitai des derniers instants de mon sommeil tout en savourant la situation. Sans pouvoir me l’expliquer, je me sentais parfaitement détendu, comme si rien de déplaisant n’avait pu m’arriver. Les hautes-terres recelaient pourtant leur lot de danger, mais j’avais le sentiment d’être au-dessus de tout cela. C’est sur cette pensée agréable que je finis par me réveiller complètement. J’étais allongé dans un lit moelleux, au sein d’une somptueuse et vaste chambre. Bien que je ne pus identifier ce lieu, il me semblait familier, comme si j’y étais déjà venu de nombreuses fois auparavant. Repoussant les couvertures, je constatai que, pour la seconde fois, j’étais arrivé nu en ces contrées. Des vêtements luxueux, mais assurément à ma taille, reposaient sur une chaise. Je les passai et me dirigeai vers la porte.

J’allai l’ouvrir lorsque je fus soudainement envahi par le doute. Ce n’était pas de l’inquiétude, mais plutôt une brusque envie de comprendre. Je connaissais cette chambre sans pour autant m’en souvenir, ces vêtements princiers m’allaient parfaitement, et j’allai sortir sereinement sans même savoir ce qui se trouverait derrière la porte. Une idée me traversa l’esprit : « Et si un boggart se trouvait juste derrière ? », aussitôt suivie d’une autre : « Et quand bien même ? ». C’était un sentiment bien difficile à décrire : j’étais à la fois conscient d’agir peu prudemment, et tellement sûr de moi que je n’arrivais pas à me raisonner pour autant. Je me retournai brusquement, examinant la pièce avec la sensation d’oublier quelque chose, jusqu’à ce que mon regard se pose sur la carafe…

Je fis aussitôt demi-tour et me servis un verre du breuvage qu’elle contenait. Le vidant d’un trait, je sentis avec délectation le cognac glisser dans ma gorge, puis aller se loger dans mon estomac. Une intense chaleur explosa dans mon ventre, puis remonta jusqu’à mon cerveau comme une vague de plaisir. J’avais enfin les idées claires ! Légèrement agacé par mes précédentes hésitations, je secouai la tête et fis jouer la poignée de la porte. Celle-ci s’ouvrit sur un large couloir qui desservait de nombreuses autres pièces. Si l’architecture des lieux m’était aussi familière que celle de ma chambre, je reconnus avec certitude le château de la Harpiste. Mais ce qui attira surtout mon attention fut évidemment le boggart qui se trouvait là.

Posté sur une chaise quelques mètres plus loin, il avait bondi sur ses pieds lorsque j’avais ouvert la porte. Cet idiot bougeait si maladroitement qu’il en était presque comique. Il trottina sur ses courtes jambes et vint se planter devant moi, en une espèce de grotesque garde-à-vous. Je ressentis à son égard une légère répulsion mêlée de mépris, et l’idée que je pourrai le terrasser sans difficulté me fit sourire. Levant son visage parcheminé et immobile vers moi, il demanda d’une voix servile : « Vous êtes enfin de retour, Seigneur ? ». Posant des yeux méprisants sur lui, je lui répondis d’un ton glacial : « A ton avis, cloporte ? ». Le gnome eut un léger mouvement de recul, et ses manières craintives m’agacèrent tellement que j’eu la soudaine envie de mettre fin à sa misérable existence. Il dut le lire sur mon visage, car il choisit de reculer de quelques pas et de baisser la tête en signe de soumission. Bien lui en prit, car je n’étais pas vraiment d’humeur à supporter une quelconque insubordination.

Je me mis à marcher d’un pas vif dans le couloir, tant pour le plaisir de sentir onduler ma cape que pour obliger le boggart à courir pour me suivre. Tout en restant à une distance qu’il estimait raisonnable, il me tint au courant des dernières nouvelles. « Le Maître est repartit à la Forteresse depuis plusieurs jours maintenant. Mais ne vous inquiétez pas, tout à été fait selon ses ordres. Nous avons terminé l’exploration du château, et toutes les pièces vous sont désormais accessibles. ». Avec une pointe de fierté, il ajouta, « Seule une vingtaine d’entre nous ont péris en désamorçant les derniers pièges de la sorcière. ». Je fis un rapide calcul, et estimai qu’il s’agissait effectivement d’un chiffre acceptable. « Et avec elle ? », lui demandai-je, « Où en sommes-nous ? ». Le boggart, à moitié empêtré dans son manteau, trébucha avant de me répondre : « Le Maître m’a personnellement demandé d’attendre votre retour, pour vous donner des ordres précis. ». A ces mots, mon sang ne fis qu’un tour, et je projetai mentalement le gnome contre le mur le plus proche. « Pardonnez-moi Sss… Seigneur ! » supplia-t-il d’une voix sifflante, « Je voulais parler d’ordres venant du Maître. Jamais je… je n’aurai osé vous donner… ». Je le laissai retomber sur le sol, à la fois satisfait et exaspéré par ses excuses.

« Parle », lui ordonnai-je, « Quelles instructions m’a-t-il laissées ? ». Le boggart se releva péniblement et poursuivit : « Il a dit que vous ne deviez pas approcher la sorcière, car il n’en avait pas finit avec elle. ». Je pris bonne note de cette information… A vrai dire, cet ordre ne me gênait pas du tout, au contraire. Moins je verrai cette maudite musicienne, mieux je me porterai. « Quoi d’autre ? » crachai-je au visage du boggart. « Il m’a aussi dit de vous rappeler de ne pas oublier votre breuvage. Il faut que vous en buviez au moins… ». « Je sais tout cela par cœur ! » l’interrompis-je, agacé. « Ne t’a-t-il donc rien dit d’important, qui justifie que je te laisse en vie malgré ton insolence ? ». Le gnome sembla – si c’était encore possible – se tasser un peu plus sur lui-même tandis qu’il cherchait une réponse. « La fille ! » glapit-il soudainement. « La fille est ici, dans une cellule ! Et le Maître a dit que vous pouvez en faire ce que vous voulez. ». Ma colère retomba aussitôt, pour laisser la place à une satisfaction perverse. Enfin une bonne nouvelle ! La nuit risquait finalement d’être intéressante…

par Weird publié dans : Chroniques
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Samedi 17 février 2007

Saleté de chat ! Lui qui reste toujours tranquille pendant la nuit, pourquoi venait-il donc de me sauter dessus ? Le cœur battant, je m’assis dans mon lit, pestant intérieurement contre mon félin domestique. Non content de dormir toute la journée, il n’avait manifestement aucun scrupule à me réveiller en pleine nuit… Le bruit de ses petites pattes sur le parquet de la chambre m’indiqua qu’il était en train de quitter la pièce, le fourbe ! Enervé, je passai une main sur mon front couvert de sueur. En plus de m’avoir tiré de mon sommeil, il m’avait fichu une peur bleue ! Tout en attendant que mes pulsations cardiaques se calment, je jetai un coup d’œil vers le réveil-radio. La nuit n’était pas bien avancée, et j’aurai au moins la satisfaction de pouvoir dormir plusieurs heures… si seulement je me rendormais ! Hélas, j’étais non seulement parfaitement réveillé (ce qui était compréhensible) mais également soûlé, comme après un trop long sommeil. Après avoir hésité quelques minutes, je me levai, passai mes vêtements et gagnai la cuisine.

Etonnement, ces quelques mètres parcourus dans le couloir furent particulièrement pénibles. J’avais les jambes ankylosées, et je faillis perdre l’équilibre à deux reprises tellement ma tête tournait. J’allumai la lumière mais regrettai aussitôt mon geste, car ce brutal changement d’éclairage me provoqua un mal de crâne instantané. Tâchant de limiter les dégâts, je m’assis et demeurais sans bouger pendant une bonne dizaine de minutes. Ce fut d’ailleurs moins les symptômes physiques que mon désordre mental qui me poussa à rester ainsi immobile. En fait, pendant tout ce temps, j’essayais en vain de me remémorer ce qui se passait. Je n’arrivais à me souvenir d’aucun élément de la journée précédente, ni même à déterminer la date du jour. Aurai-je à me lever dans quelques heures pour aller au boulot, ou était-ce le week-end ? Je n’en avais pas la moindre idée… J’étais dans cet état léthargique lorsque mon chat se manifesta à nouveau en bondissant sur la table. Je sursautai de surprise, et cette nouvelle frayeur eu l’effet d’un électrochoc. Je me souvins tout à coup du dernier croquis du peintre, celui qui représentait une pièce confortable ! Je l’avais soigneusement étudié quelques heures auparavant, et j’étais allé me coucher en espérant rejoindre le lieu de mon initiation. Mais ensuite ?

Ensuite rien, et ce jusqu’à mon réveil brutal. Assurément, je n’avais donc pas réussi à rejoindre les hautes-terres du rêve. Par contre, rien n’expliquait cette amnésie temporaire, ni le malaise physique qui l’accompagnait. Après avoir caressé le petit fauve, qui me fit part de sa satisfaction par des ronronnements sonores, je sentis le besoin de me rafraîchir. Je gagnai donc la salle de bain et, encore chancelant, ouvris le robinet du lavabo. L’eau fraîche, passée sur mon visage, me fit un bien fou. Relevant la tête, je fis face à mon reflet dans le miroir et encaissai alors un nouveau choc. Je m’étais attendu à contempler un visage reflétant mes symptômes – yeux cernés et pâleur nauséeuse – mais ma stupéfaction avait une autre origine. Alors que je m’étais couché relativement bien rasé quelques heures plus tôt, je me retrouvai avec une moustache et une barbe de plusieurs semaines ! Etait-ce à nouveau ma mémoire qui me jouait des tours ? Un examen de mes cheveux confirma cet inexplicable phénomène : eux aussi avaient sensiblement poussé pendant mon sommeil…

Me détournant du miroir, je m’assis sur le bord de la baignoire et me mis à réfléchir à la situation. Quelle qu’en fut son origine, ce prodige capillaire était forcément lié, d’une manière ou d’une autre, aux contrées du rêve. Si seulement j’avais pu me souvenir de quelque chose ! Je me représentai bien la façon dont je m’étais couché, ainsi que la difficulté que j’avais eu à m’endormir… L’image fugitive d’un feu violent me traversa l’esprit. Etait-ce une cheminée, ou un brasier plus important, un incendie peut-être ? Ce souvenir disparut hélas, tandis que je tentai de me concentrer dessus. Si ma mémoire continuait à me jouer des tours, je sentis que mon état de santé s’améliorait doucement. Je devais être réveillé depuis moins d’une demi-heure, et j’avais l’impression de reprendre vie au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient. Résolu à comprendre ce qui avait bien pu se produire, je revins face au miroir pour examiner mon visage en détail. Je finis par trouver un nouvel élément qui me laissa aussi perplexe que ma pilosité… J’avais sur le front une cicatrice que je ne me connaissais pas !

Très fine, elle était quasiment invisible et ne pouvait être repérée qu’en étant particulièrement attentif. En fait, je ne la voyais que sous un certain angle, lorsque la lumière la dessinait. Verticale, elle barrait la partie droite de mon front, depuis mes cheveux jusqu’à mon sourcil. D’où pouvait-elle donc provenir, et de quand ? Elle n’avait en aucun cas l’apparence d’une blessure récente. Pourtant, malgré sa discrétion, j’aurai forcément dû la connaître si elle avait été ancienne. De plus en plus troublé, je continuais à examiner mon visage, comme si la solution de cette énigme avait pu s’inscrire sur ma peau. Hélas (ou heureusement ?), à part un regard un peu trop fiévreux à mon goût, je ne découvris aucune autre altération de mon apparence. J’en arrivai à la conclusion – peu satisfaisante mais sans autre alternative – que j’avais vécu une sorte de décalage temporel… Je n’avais dormi que quelques heures, mais un temps nettement plus important semblait s’être écoulé. Pendant cette période, je m’étais blessé au front, la coupure avait cicatrisé et mes cheveux avaient poussé. Ca ne voulait absolument rien dire, mais les faits étaient là.

La tête pleine de questions, je finis par aller me recoucher et attendis le matin sans réussir à me rendormir. Je me rasai de manière à éviter d’attirer l’attention, et constatai qu’une fois ordonnés et attachés comme à leur habitude, la pousse de mes cheveux n’était pas flagrante. Je me rendis donc au bureau comme si de rien n’était, et les remarques qu’on me fit ne portèrent que sur ma mauvaise mine. Plusieurs jours s’écoulèrent sans que quiconque évoque ma cicatrice ni que j’arrive à rejoindre les hautes-terres du rêve. Je mis toute ma maison sans dessus-dessous pour retrouver le coffret, mais lui et ses croquis semblaient avoir disparus pendant cette fameuse nuit. De plus en plus troublé, je ne cessais de m’inquiéter pour Gwennen. Cela faisait une bonne quinzaine de jours que je l’avais laissée sur le bateau. Guidés par la boussole que j’avais activée, le marin et elle devaient avoir rejoint l’île depuis longtemps. Mon état de santé s’améliora lentement, comme à la suite d’une méchante intoxication alimentaire. Plus d’une semaine après cette étrange nuit, j’avais repris la routine peu exaltante du monde de l’éveil. C’est alors que les choses changèrent dramatiquement, et que la frontière entre les deux mondes s’effaça à nouveau…

par Weird publié dans : Chroniques
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