L'initiation (2/15) : Résistance

Publié le par Weird

A regret, mais sans rien pouvoir faire de mieux, je laissais donc s’écouler les semaines. Je repris le travail et tâchai de ne pas trop penser aux contrées du rêve. Ce mois d’attente passait trop lentement à mon goût, ce qui dû se ressentir dans mon attitude en société. Un jour, un collègue du bureau me dit d’ailleurs que j’étais mal luné, inconscient de la justesse du terme qu’il avait choisi. Le temps passa malgré tout, et la Lune ayant finalement bouclé un cycle, je sus que le moment était enfin arrivé. J’attendis que la nuit tombe, m’installai sur le canapé de ma bibliothèque, et entrepris de vider consciencieusement une bouteille de liqueur anisée achetée pour l’occasion. Je pris cependant garde à ne pas boire trop vite pour ne pas être malade. Tout en sentant que mes pensées devenaient de moins en moins claires, je m’efforçais de me concentrer sur la Croisée des mondes (sans savoir si cet effort de visualisation mentale aurait un effet sur mon passage). La bouteille était vide aux trois quarts lorsque je m’endormis enfin.

A mon réveil, je crus tout d’abord que j’avais à nouveau échoué, car je n’étais pas attablé dans la salle commune de l’auberge comme je l’aurai pensé. J’étais confortablement assis sur un divan que je pris pour le mien. Autour de moi régnait l’obscurité d’une nuit sans lune, ce qui était le cas dans les deux mondes… Tout comme dans ma maison, une fenêtre se trouvait derrière moi. Je me levai pour jeter un œil au dehors, et le paysage nocturne que j’aperçus alors chassa mes derniers doutes. Une étendue herbeuse menait jusqu’à la boucle d’une rivière, au-delà de laquelle s’étendait une gigantesque forêt. Je me dis que je devais me trouver dans l’un des étages de la Croisée des mondes, lorsqu’un bruit de pas attira soudainement mon attention. Me retournant, je vis entrer la tenancière de l’auberge. Elle venait d’un couloir séparé de la pièce par un simple rideau opaque, et s’éclairait grâce à une petite lampe à pétrole. Me saluant d’un sourire, elle l’utilisa pour allumer plusieurs bougies situées dans des niches des murs, me permettant de découvrir un salon de taille modeste. Elle m’invita enfin à quitter le sofa pour la rejoindre à une petite table située au milieu de la pièce.

« Je constate avec plaisir que vous avez suivi les instructions que je vous ai fait parvenir. » me dit-elle. « J’espère que l’attente n’a pas été trop pénible, et que votre voyage s’est bien passé. ». « Oui, tout va bien, merci… » acquiesçais-je. « Vous m’aviez banni de votre auberge ? ». « Une mesure de sécurité nécessaire, après ce qui s’était passé. » me répondit-elle d’un ton sérieux. « D’ailleurs, vous ne pourrez pas rester ici bien longtemps. Je ne vous accueille cette nuit que pour un bref entretien. ». Devant mon air désemparé, la femme me fit un sourire d’encouragement avant d’ajouter : « Mais, ne vous inquiétez pas, vous aurez le temps d’obtenir des réponses à vos questions. J’imagine que vous devez être perdu, et je vais me faire un plaisir de vous expliquer ce qui s’est passé depuis notre précédente rencontre. ». Pendant près d’un quart d’heure, elle me donna une foule d’informations, que je vais aujourd’hui tâcher de vous résumer par écrit.

Après mon départ de l’auberge, elle avait elle-même quitté les lieux en compagnie des derniers hauts-rêvants trop ivres pour se réveiller. Tandis que je me franchissais le pont, elle les avait éloignés du bâtiment et les avait menés jusqu’à une colline à quelques centaines de mètres de là. Ils s’étaient dissimulés derrière, pour se mettre hors de vue des gnomes, et avaient tout simplement attendu. Lorsque, après plusieurs heures, le dernier client avait fini par disparaître à son tour, elle était courageusement revenue jusqu’à son établissement. Des dizaines de boggarts avaient pris position autour de l’auberge, mais ils la laissèrent entrer sans même lui parler. A l’intérieur, elle s’était retrouvée face à quelqu’un qui avait mon visage, mais qui s’avéra rapidement être le maître de ces créatures. L’être polymorphe, pointant un doigt vers ses traits empruntés, lui demanda si elle avait vu passer un haut-rêvant qui ressemblait à ça. Elle ne lui parla bien sûr pas de l’aide qu’elle m’avait apportée, mais confirma que j’étais arrivé par la salle commune et que j’étais sorti à l’extérieur peu de temps après. Le Visiteur sembla se contenter de cette réponse, et finit par quitter les lieux après lui avoir donné une instruction : si je revenais chez elle, elle devrait m’y garder prisonnier, sous peine des pires représailles…

Interrompant son récit, je lui demandais si elle avait remarqué la présence du haut-rêvant qui m’avait piégé aux côtés de notre ennemi commun. Elle me répondit négativement ; d’après elle, ce dernier n’était accompagné que par ses boggarts. J’en conclus donc que, enragé par ma soudaine disparition, il avait certainement dû le tuer comme il l’avait fait de l’adolescent. La tenancière continua ses explications, et m'expliqua que pour plus de sécurité - tant pour elle que pour moi - elle avait alors utilisé ses pouvoirs de gérante de l’établissement pour m’en interdire l’accès jusqu’à nouvel ordre. Moins d’une journée plus tard, tandis les hauts-rêvants éthyliques commençaient à revenir prudemment dans l’établissement, la porte d’entrée s’ouvrit sur une Gwennen épuisée. J’appris alors avec surprise qu’elles étaient des connaissances de longue date, et que mon amie fréquentait la Croisée des mondes depuis des années. Devant mon étonnement, la femme m’expliqua avec bienveillance qu’elle ne venait pas pour boire, mais pour approcher les hauts-rêvants qui la fascinaient depuis toujours. Dans l’excitation de la conversation, je faillis commettre l’imprudence de prononcer son nom, mais la tenancière m’en empêchât juste à temps. Pour elle, Gwennen était et devait rester « la fille de la Gardienne de la forêt ». Elle me précisa que je comptais beaucoup pour elle, et que je devrais me montrer digne de la confiance qu’elle m’avait fait en me donner son véritable nom…

Après son bref passage dans le monde de l’éveil, Gwennen s’était bien réveillée au Manoir de l’absolu qu’elle avait d’ailleurs quitté sans tarder, persuadée que les boggarts pourraient l’y trouver. Elle avait traversé la forêt pour rejoindre l’auberge, et expliquer brièvement à la tenancière ses projets. C’était elle qui lui avait dicté le message que l’aubergiste m’avait transmis par l’intermédiaire de l’albinos, et qui avait arrangé ma venue pour cette nuit. « Mais pourquoi cette nuit précisément ? » demandai-je à ma nouvelle alliée qui me renseigna : « Elle pensait qu’un mois serait un bon délai pour lui permettre de préparer une contre-attaque. Pour faire simple, je dirai qu’elle a décidé de mener une sorte de résistance souterraine contre l’être sans visage. Et que nous le voulions ou pas, nous en faisons désormais partie. Heureusement, nous ne resterons pas isolés dans notre lutte. Cette gamine est vraiment pleine de ressources, et malgré son jeune âge, elle a l’étoffe nécessaire pour mener à bien ce combat. Elle est loin d’ici ce soir, mais elle a organisé une rencontre à votre attention. ».

Déçu de ne pas pouvoir retrouver Gwennen, mais excité par la tournure que prenaient les évènements, je questionnai la tenancière : « Une rencontre ? Avec qui ? ». Avant qu’elle ait pu répondre, une main ouvrit le rideau et une haute silhouette se dessina dans l’encadrement de la porte. « Avec moi. » répondit l’homme qui venait brusquement d’apparaître. Mon interlocutrice se leva précipitamment et baissa la tête en un salut respectueux. Impressionné par l’aura de puissance pure qui se dégageait du nouveau venu, je me levai à mon tour avant de demander « Et à qui ai-je l’honneur ? ». L’homme fit un pas dans la lumière et se présenta par ces quelques mots : « Pour faire court, nous dirons que je suis un simple peintre... ». Puis, comme s’il avait lu dans mes pensées, il ajouta rapidement : « Mais oui haut-rêvant, je suis l’auteur de la toile que tu as achetée il y a quelques mois ! ».

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Publié dans Chroniques

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T
un seul mot: la suiiite!!<br />  
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W
- Tortoise : "La" et  "suite", ça fait deux mots ! ;-)
M
merci merci pour ces precisions!!!!
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W
- Maevina : Mais je t'en prie, je suis à votre disposition pour vous éclairer, tant que ces infos respectent l'ordre chronologique par lequel je les ai moi-même apprises :-)
D
Wow, cool! L'auteur de la peinture magique!Est-ce un haut-rêvant aussi? Ou un habitant de la Lune?
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W
- Dicey : Une seule méthode pour le savoir : lire le 3ème chapitre la semaine prochaine ! Quoi que dans ton cas précis, tu auras peut-être l'opportunité d'y jeter un oeil (en avant-première) dès dimanche, lorsque tu viendras à la maison... ;-)
M
oui Dieudeschats merci ! peut on vraiment mourir chez le Haut rêvants était aussi ma question
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W
- Mae : Monsieur C. a passé l'arme à gauche dans les hautes-terres, mais en aucun cas dans le manoir, c'est pour ça que je n'avais pas fait le rapprochement. C'est son épouse qui à été tuée dans la cave de ma maison, dans le monde de l'éveil. Et comme Monsieur C. est mort et (effectivement) enterré, ce n'est effectivement pas lui le peintre que j'ai rencontré :-) Quant à savoir si les hauts-rêvants peuvent mourir, la réponse est oui (hélas pour moi), comme par exemple Monsieurs C. (encore lui !) ou bien l'adolescent qui s'est fait poignarder devant mes yeux...
D
Intéressante rencontre. Ce doit être un puissant magicien et il serait bon qu'il se joigne à vous dans votre combat.Mae pense probablement au père de Gwennen, le précédent propriétaire de ton pavillon...  mais Gwennen t'en a montré la tombe, il est donc mort dans les deux mondes.
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W
- DDC : Oui, on a toujours besoin d'alliés dans ce genre de situation :-) Merci pour ton aide, je ne voyais pas du tout, je réponds tout de suite à Maevina...