L'initiation (7/15) : La chose dans la cabane

Publié le par Weird

Les chocs successifs de la soudaine découverte du cadavre puis son inexplicable résurrection m’avaient pétrifié. Incapable de réagir, je ne pouvais détacher mes yeux de la créature allongée devant moi. Ses paupières s’étaient ouvertes sur des orbites vides, au fond desquelles brillait une faible lueur. Un gémissement indistinct s’échappa de sa gorge, comme si ce monstre avait eu l’intention de parler sans y arriver pour autant. Pendant quelques secondes, le temps sembla s’étirer tandis que des pensées m’assaillaient à toute vitesse. Mon instinct de survie me disait de fuir ce lieu au plus vite, mais une idée saugrenue m’en dissuada. Et si cet être de cauchemar n’était pas aussi dangereux que les apparences le laissaient croire ? Mes précédents voyages dans les contrées du rêve m’avaient fait côtoyer des personnages si imprévisibles que je ne savais plus quoi penser. Ce cadavre animé pouvait-il me nuire ou tentait-il simplement de communiquer avec moi ?

Je décidais de combattre mon envie de partir en courant et observais, fasciné, l’incroyable nécromancie dont j’étais le témoin. La chose sur le lit se redressa légèrement et ramena un coude en arrière, comme l’aurait fait une personne voulant prendre appui pour se relever. Elle semblait avoir de grandes difficultés à se mouvoir ce qui, étant donné son apparence, était facile à comprendre. Après plusieurs secondes d’effort, elle réussit à reculer suffisamment pour s’asseoir, le dos posé contre la tête du lit. Un second râle se faufila à travers la fente qui lui servait de bouche, encore plus misérable que le premier. Le cadavre accompagna ce son d’un lent mouvement, tendant tant bien que mal un bras squelettique dans ma direction. Ses doigts étaient refermés sur la paume de sa main, et j’eus l’impression qu’il souhaitait me donner quelque chose. Avant que je puisse trouver le courage de m’approcher, il avait pourtant laissé retomber son bras sur le lit. La lueur dans ses yeux sembla ciller pendant quelques secondes puis finit par s’éteindre totalement, comme meurt une flamme n’ayant plus rien à brûler…

Par association d’idée, je risquais un œil sur la bougie que je tenais toujours en main. Celle-ci était heureusement de bonne taille, et ne risquait pas de s’éteindre de sitôt. Pour rien au monde je n’aurais voulu me retrouver dans le noir avec cette créature, même si elle semblait totalement morte maintenant. Par mesure de sécurité, je laissais passer plusieurs dizaines de secondes, mais plus rien ne se produisit. Alors que les battements de mon cœur revenaient progressivement à la normale, je pris conscience des bruits qui m’entouraient. La pluie continuait à tomber sur le toit de la cabane, quelques gouttes s’écrasant ça et là sur le sol, tandis que le vent faisait grincer les planches du bâtiment. Ces petits détails, qui auraient pu me sembler sinistres dans d’autres circonstances, étaient en fait très rassurants. Ils me semblaient tellement normaux, après les gémissements qu’avait poussés cette chose !

Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que je reprenne confiance. Son bras étant toujours immobile, je franchis les quelques pas qui me séparaient du lit. Sans quitter des yeux le visage du cadavre, j’approchai lentement la bougie de sa main. Comme je l’avais soupçonné d’après sa gestuelle, il tenait bien quelque chose. Il s’agissait d’un objet suffisamment petit pour qu’il soit complètement caché, mais je devinais sa présence car ma flamme s’y reflétait entre les doigts. Je tendis la main dans sa direction mais, alors que j’étais sur le point de le toucher, me ravisai soudainement. Qu’étais-je donc en train de faire ? L’objet, tout comme le cadavre, n’allaient pas brusquement disparaître soudainement. La situation méritait donc que je prenne le temps d’y réfléchir avant d’agir aussi inconsidérément.

Je décidais finalement d’explorer les lieux avant de décider quoi que ce soit. Tenant toujours la bougie devant moi, j’entrepris de faire le tour de la pièce. Tout en jetant régulièrement des regards inquiets en direction du lit, je fis rapidement l’inventaire de son mobilier. Il s’agissait principalement de quelques armoires et étagères d’apparence primitive, ainsi que de matériel évoquant ce qu’on pourrait trouver dans un hangar à bateaux. Je remarquais d’ailleurs, à ma grande surprises, plusieurs objets semblables à ceux que j’avais découverts dans la cave du Manoir, quelques mois auparavant. Existait-il un rapport entre ces deux lieux ? Les hautes-terres du rêve étant pour moi une source constante d’énigmes, j’en vins même à me demander s’il pouvait s’agir des mêmes objets, qui auraient mystérieusement été transportés jusqu’ici…

Tout en continuant mes investigations, je passais devant une fenêtre. Après avoir grossièrement nettoyé la crasse qui maculait le verre, je pus distinguer le paysage alentour. Devant la cabane se trouvait une étendue d’eau, dont la surface était constellée de milliers d’impacts de gouttes de pluie. Sur la droite, un ponton de quelques mètres de long menait jusqu’à un petit bateau amarré là. Cette découverte me confirma que j’étais bien dans la bâtisse représentée par le dessin du Gardien, bien que le bateau ait été absent de la représentation. L’averse et l’obscurité de la nuit m’empêchaient hélas de voir ce qui se trouvait au-delà. La présence de la créature me revint soudainement en mémoire et je fis un brusque demi-tour pour m’assurer qu’elle n’avait pas bougé. Heureusement, elle était toujours là, tellement morte et poussiéreuse que je commençais à douter de l’avoir vu se mouvoir…

A moins de sortir sous cette pluie qui semblait redoubler à chaque minute, j’étais condamné à attendre Gwennen ici. Lors de ma fouille, je n’avais pas trouvé de manteau semblable à ceux qui étaient nécessaire à la survie dans le domaine de la Harpiste. En fait, je me rendis compte que j’ignorais totalement où je me trouvais. Cette cabane pouvait aussi bien se dresser à quelques centaines de mètres de la Croisée des mondes qu’à plusieurs jours de route… D’après ce qu’on m’avait dit, cette seconde hypothèse devait cependant être la bonne. Si jamais je devais quitter ce bâtiment, il ne restait plus à espérer qu’un froid mortel ne régnerait pas à l’extérieur… Plus je réfléchissais à ma situation, plus l’objet que tenait le cadavre m'obnubilait. Il devait y avoir une raison logique à ma présence ici, et je sentais confusément que la pièce manquante de ce puzzle trouvait dans sa main. Je revins donc vers lui, cette fois-ci décidé à m’en emparer. Posant précautionneusement la bougie sur le sol, suffisamment loin de la literie pour ne pas risquer d’y mettre le feu, je m’accroupis au chevet du mort.

Avec mille précautions, mes yeux passant frénétiquement de son visage à sa main, j’approchai mes doigts des siens. Réprimant ma crainte et mon dégoût, je réussis à le toucher, et commençai à déplier ses phalanges. Sa main était rigide mais sèche, et finalement moins répugnante que ce à quoi je m’étais attendu. Je parvins enfin à écarter ses doigts et à me saisir de ce qu’ils renfermaient. Un rapide coup d’œil me confirma que le visage du cadavre était toujours aussi fixe. Bizarrement, maintenant que je l’avais touché, il ne me semblait plus aussi effrayant. Je distinguais même une expression paisible sur ses traits parcheminés. Peut-être voulait-il vraiment me donner ce qu’il avait dans la main ? Me retournant vers la bougie pour examiner l’objet, je découvris qu’il s’agissait d’un cristal. Il devait mesurer environ dix centimètres de long pour un de diamètre. Le passant devant la flamme de la bougie, je constatai avec émerveillement qu’il agissait comme un prisme, projetant un petit arc-en-ciel là où je l’orientais. C’est à ce moment que les mains du cadavre se refermèrent sur mon cou.

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Publié dans Chroniques

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T
Arg! je me disais bien aussi, c'est pas possible, il va se passer quelque chose. Mais je persiste à croire que ce maccabé n'est pas réellement maléfique, mais qu'il n'a pas apprécié qu'on lui pique son diamant, ou alors le diamant est ensorcelé, ou...Vite, la suite!
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W
- Tortoise : Hahaha, quel enthousiasme ! Je suis sûr qu'un de ces jours, tu ne vas pas pouvoir te contenter d'attendre le chapitre suivant, et que tu vas te mettre à écrire une fanfic des contrées du rêve ;-)
D
Ah, encore de la lecture! Bon, etant super hyper mega overbookee avec mon emploi de ministre des tuyauteries congolaises, je n'ai pas trop le temps de lire tout ca, mais je ferai comme je t'ai dit, je lirai tout d'un coup quand j'aurai un peu de temps.<br /> Bises!
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W
- Dicey : Alors toi tu es trop forte, parce que même si tu n'as pas le temps de me lire, tu prends quand même le temps de faire un commentaire de plusieurs lignes ! Pas de soucis Dicey, je sais très bien que tu me liras quand tu seras un peu moins débordée :-)
T
Toujours aussi palpitant..... et angoissant ! Alors, aurais-tu dû fuir ou non ? faut-il croire les apparences ou pas ??  La première fois que tu as voulu aller contre elles, il me semble que ça n'a pas été un franc succès...;-) et il faut avouer que la fin de ce chapitre laisse penser que tu es bien trop téméraire quelquefois ! Tout ça pour un simple cristal ;-D
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W
- The Wanderin : Salut, content de te retrouver ici après ton séjour sur mon site web :-) Tu me trouves téméraire ? J'ai plutôt l'impression d'être un trouillard ! Mais c'est vrai que je n'ai pas été prudent sur ce coup-là :-p Espérons au moins que ce "simple cristal" en valait la peine...
M
arg!!!!!!!!!!! quelle horreur cette main sur ta gorge!!!!!!! beurk de beurk !
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W
- Mae : Beurk de beurk et argh de argh, parce qu'en plus d'être dégueu, ça m'étranglait !
D
Diable ! Ca se corse !
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W
- DDC : Argh en effet, j'en ai d'ailleurs le souffle coupé ;-)