Le récit de Gwennen (2/15) : Errance

Publié le par Weird

J’ai choisi de laisser s’écouler à nouveau deux journées supplémentaires avant de reprendre mon récit. Lorsque j’ai commencé à écrire ce journal, je pensais que j’allais continuer sur un rythme plus soutenu, mais je me rends finalement compte que je n’ai pas grand chose à relater ! Les jours et les nuits se succèdent, sans qui rien ne vienne briser la monotonie de notre croisière. Je ne voudrais pas donner l’impression de me plaindre de cette tranquillité : elle est la bienvenue après tout ce que j’ai vécu ces derniers mois. Je regrette simplement de ne rien avoir de plus excitant à coucher sur le papier. Si la fin du voyage se déroule aussi calmement que jusqu’à maintenant, il est fort possible que je change d’avis, et que je garde ce journal pour moi. Je ne vois pas ce que le Haut-Rêvant pourrait y trouver d’intéressant…

Histoire de parler quand même de quelque chose, je vais évoquer l’humeur qui règne à bord. En fait, elle s’est considérablement dégradée au cours des dernières heures. Mon compagnon d’aventure semble avoir perdu l’enthousiasme qui l’avait gagné à la suite de notre évasion au port. Je ne sais vraiment ce que je dois en penser. Avant sa rencontre avec le Haut-Rêvant, il parlait de lui avec un certain amusement, comme s’il n’arrivait pas vraiment à croire tout ce que je lui racontais à son sujet. Le dernier jour d’attente, il s’est même montré méprisant à son égard, car il n’arrivait pas à comprendre comment quelqu’un de si puissant et ayant de telles responsabilités pouvait mettre autant de temps à nous rejoindre. Leur rencontre ne s’est pas non plus déroulée comme je l’aurai souhaité : pendant quelques instants, lorsqu’il nous a surpris dans les bras l’un de l’autre, je me suis sentie si gênée ! J’ai d’ailleurs du mal à comprendre pourquoi, notre accolade ne montrait que notre joie de nous retrouver enfin réunis…

Plus tard, lorsque le Haut-Rêvant se remettait du combat contre les boggarts, mon compagnon était surexcité ! Le fait d’avoir pu assister à une démonstration de ses prodiges lui avait fait oublier toute cette rancœur. Sa bonne humeur avait durée quelques jours, mais maintenant que notre voyage touche à sa fin, le voilà à nouveau sombre. On dirait qu’il redoute l’idée de retrouver le Haut-Rêvant sur l’île vers laquelle nous nous dirigeons. J’aimerai bien percer l’abcès, mais j’ignore comment aborder le sujet sans le vexer. Il risquerait de me reprocher à nouveau de trop parler de lui. Il est vrai que je dois être agaçante parfois, mais le Haut-Rêvant est – et ce depuis que je l’ai rencontré – une source d’étonnement et d’admiration pour moi. J’aime ses récits insensés sur le monde de l’éveil, et j’espère que j’aurai l’occasion d’y retourner à nouveau. Le peu que j’ai vu de sa maison là-bas était fascinant. Le plus étrange chez lui est que, malgré les dons inégalés dont il dispose, il semble tellement perdu ! Je sais qu’il compte sur moi pour le guider dans ses rêves, et cette responsabilité me comble de joie. J’aimerai tant lui faire découvrir que nos contrées regorgent également de bonheur et d’amour.

Je viens de me relire, et j’ai l’impression que ce journal de bord est en train de devenir un journal intime… Je crois que je vais arrêter là pour aujourd’hui, sinon il est clair que je n’oserai plus le faire lire à qui que ce soit, et en particulier à la personne à qui je le destinais !

Encore une journée de passée depuis ma dernière phrase. Il y a quelques heures, le vent s’est soudainement levé et il pleut depuis sans discontinuer. Le ciel est uniformément gris et la mer commence à se montrer mauvaise. C’est donc sous la pluie que se terminera notre voyage, car d’après les indications du Peintre, nous devrions être proches de notre destination… A bord, l’ambiance est à l’image du temps : exécrable. Mon compagnon me reproche désormais ouvertement de l’avoir embarqué dans cette aventure, ce que je trouve injuste car je lui avais clairement expliqué les risques. Je lui ai d’ailleurs fait remarquer que, contrairement à moi et au Haut-Rêvant, il ne lui était encore rien arrivé de réellement déplaisant. Cette dernière phrase a d’ailleurs fini de le mettre en colère, puisqu’il m’a violemment demandé ce qui me permettait d’être aussi affirmative. Il a ensuite clos notre dispute en me disant, sur un ton méprisant, que je retrouverai bientôt le Haut-Rêvant et que nous pourrions nous consoler de nos malheurs sans qu’il vienne nous gêner. Je déteste qu’il fasse preuve d’une telle jalousie, alors que nous pourrions tout simplement être amis. Ca m’énerve d’ailleurs tellement que je vais arrêter d’écrire maintenant.

Une nuit et une journée de plus. Nous ne nous sommes pratiquement pas adressé la parole depuis l’altercation d’hier. La pluie ne s’est pas arrêtée un seul instant, et semble même redoubler d’heure en heure. J’ai hâte que nous débarquions, à la fois pour mettre fin à ce voyage interminable, pour retrouver le Haut-Rêvant, et pour avoir une discussion claire avec mon ami. Est-il d’ailleurs toujours mon ami ? Je l’espère, mais je redoute ce qui va se passer.

Encore un jour de plus. Le peintre m’avait pourtant affirmé que nous attendrions l’île du gardien en seulement quelques jours, une fois la boussole activée. Or cela fait maintenant plus d’une semaine que nous sommes en mer. La pluie nous permet de reconstituer notre stock d’eau douce au fur et à mesure, mais nous avons déjà consommé la moitié de nos provisions. Je pense qu’il va falloir commencer à nous rationner, même si cela implique de reconnaître que quelque chose d’anormal est en train de se produire. Nous passons nos journées et nos nuits à nous relayer pour guetter la moindre côte, la moindre lueur, qui indiquerait que nous approchons du château du gardien, mais il n’y a rien à voir dans cette tempête qui n’en finit pas. Le bateau file toujours de lui-même, donc la boussole continue bien de nous guider. Pourquoi ne sommes-nous pas encore à destination ? Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe.

Ca y est !!! Après une nuit particulièrement difficile (le bateau tanguait dans tous les sens), l’aube est arrivée. Avec elle, non seulement le beau temps était de retour mais l’île s’est enfin dessinée à l’horizon. Je ne pensais pas qu’elle serait si grande, et j’espère que nous trouverons rapidement le château. Le bateau a ralentit sa course, et semble se diriger vers une anse où nous devrions accoster dans moins d’une heure. C’est donc sur ces mots que je termine ce journal. Dans peu de temps, je te le remettrai, Haut-Rêvant, et j’espère que tu le jugeras digne de tes chroniques !

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Publié dans Chroniques

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F
Tu comptabilises ce que tu veux, très cher.Mais un tel commentaire reflétant autant de sentiments, pleins de curiosité et d'attente languissante pour la suite de cette aventure, je trouverai ça dommage de l'abandonner ainsi sur le bord de la route de ce blog fréquenté.Non ?
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W
- Feul : Ah ben c'est sûr, reformulé de cette manière, je ne peut que considérer à la hausse ton précédent commentaire. Bon, je vais compter 1,5 com pour le classement, histoire de te donner un avantage en cas d'égalité :-D
F
. . .
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W
- Feul : Ah ben ça c'est du commentaire... Hum, je ne vais d'ailleurs peut-être pas le comptabiliser pour le prochain top 10 !!! ;-)
T
Il m'énerve vraiment ce marin grognon et jaloux comme un pou...Et j'ai vraiment hâte d'avancer et de voir la suite des évènements!
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W
- Tortoise : Mieux vaut un marin jaloux qu'un mari jaloux :-D La suite des évènements sera en ligne dans quelques jours, patience !
M
c'est en effet un journal bien intime que nous livre Gwennen, l'autre côté du miroir!
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W
- Mae : Oui, j'ai moi-même été assez étonné en lisant ces pages ;-)
D
Où diable le Peintre les a-t-il envoyés ? Et que s'est-il passé en leur absence ?
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W
- DDC : Tant de questions qui trouveront heureusement des réponses... au cours des prochaines semaines !