James Bond (6/6) : Conclusions
Allez hop, une dernière (longue) note pour clore mon étude bondienne et cette série d’articles. Bon, sur l’exercice en lui-même (regarder en quelques semaines tous les films de 007 dans l’ordre chronologique), je vous confirme que c’était assez intéressant et instructif. La série suit clairement son époque, que ce soit dans les thèmes abordés (actualité géopolitique oblige) ou dans le traitement (concurrence et influence clairement affichées d’autres succès ciné/télé). En gros – et indépendamment des indices évidents (décors, costumes, coiffures) – en regardant un Bond au hasard, il est très facile de déterminer son année de création. Je vous déconseille malgré tout d’enchaîner pour le plaisir tous ces métrages en si peu de temps, car il y a bien sûr un côté répétitif qui pourra lasser le plus patient des spectateurs !
Concernant les acteurs, il me suffit de discuter avec d’autres amateurs de la série pour me rendre compte que chacun a ses préférences, ce qui est tout à fait normal. Je ne me lancerai donc pas dans une tirade pour déterminer qui est « le seul et unique Bond », car cela me semble être un faux débat. Ces films forment une série, il y a eu à ce jour six interprètes du rôle-titre – chacun amenant sa vision des choses – et le personnage cinématographique de 007 est donc logiquement un mélange de tous. Connery est un goujat sadique, Lazenby un bagarreur romantique, Moore un mannequin comique, Dalton un assassin sensible, Brosnan un beauf destructeur, et enfin Craig une brute fragile (pour l’instant du moins, on verra avec les prochains films si ça se confirme). Chaque spectateur pourra donc y trouver son bonheur ! En ce qui me concerne, j’ai une très nette préférence pour les trois acteurs n’ayant hélas fait qu’un film ou deux à ce jour, mais ayant réellement contribué à développer la psychologie de 007 : Lazenby, Dalton et Craig. Si j’en crois les différents forums du web, ces derniers sont rarement appréciés du grand public, qui semble préférer lorsque Bond est indestructible, infaillible et surtout insensible. Dommage.
Un petit paragraphe pour parler de la technique. Bond c’est aussi l’occasion de voir des voitures et des tas de gadgets (réels, en avance sur leur époque, ou carrément fantaisistes). Ce n’est pas ce qui me branche le plus dans la série, car c’est du spectaculaire « facile » qui n’existe qu’au détriment de l’intrigue ou des personnages. Je préfère que Bond se sorte d’une poursuite parce que c’est un bon pilote, et non parce que sa voiture est capable de s’envoler ! Un petit mot tout de même sur les cascades : ces films présentent un florilège de scènes excitantes et jamais vue ailleurs. Que ce soit du ski, du parachutisme, de la plongée sous-marine ou des poursuites en voitures, motos, camions-citernes, hors-bord, chars d’assaut, aéroglisseurs, bref tout ce qu’on peut imaginer, les cascadeurs nous en mettent à coup sûr plein la vue. Chapeau bas !
Et parce qu’un bon film c’est avant tout de bons personnages, attachons-nous un peu aux seconds rôles, ceux qui caractérisent le métrage et lui donnent son âme. Dans les films de Bond, mis à part ses collègues britanniques récurrents (M, Q, Miss Monneypenny, le ministre de la défense…), ses confrères étrangers (Felix Leiter, Tiger Tanaka, Jack Wade, Wai Lin…), ses alliés dans la pègre (Kerim Bey, Marc-Ange Draco, Milos Columbo, Valentin Zukovsky…), et les potiches (les filles « anonymes » avec qui Bond couche pour passer le temps), il y a trois grandes catégories de seconds rôles : le super-méchant (le cerveau du crime, généralement un richissime mégalo menaçant l’équilibre mondial depuis une énorme base secrète), son homme de main (qui est parfois une femme d’ailleurs, mais plus généralement un garde du corps avec un physique très particulier), et les Bond girls (celles qui accompagnent et aident Bond tout au long du film). Voyons pour chaque catégorie les personnages qui me semblent les plus marquants, au terme de cette série (dans chaque groupe, je les présente chronologiquement) :
Chez les super-méchants : Auric Goldfinger (Goldfinger) est original et formidablement interprété. Ernst Stavro Blofeld étant joué à chaque fois par un acteur différent, je choisirai sa version d’Au service secret de sa Majesté pour l’intérêt dramatique de ce personnage. Scaramanga (L’homme au pistolet d’or) est impressionnant et sobre, une réussite. Kamal Khan (Octopussy) est si différent des autres méchants que je le trouve extrêmement sympathique. Max Zorin (Dangereusement votre) est certainement le meilleur de tous dans le genre cinglé. Quant à Franz Sanchez (Permis de tuer), de par le scénario unique du film, il est le seul a avoir une relation aussi particulière avec Bond.
Chez les hommes de mains : Red Grant (Bon baiser de Russie) est le parfait adversaire pour Bond. Messieurs Kidd & Wint (Les diamants sont éternels) sont deux tueurs étranges et bien tordus. Tric-Trac (L’homme au pistolet d’or) est une alternative originale à l’habituel colosse. Requin (l’espion qui m’aimait) est LE second couteau hors-normes, dans tous les sens du terme. Erich Kriegler (Rien que pour vos yeux) est l’archétype du méchant « plus fort que Bond ». Necros (Tuer n’est pas jouer) est sobre, séduisant et dangereux : un très bon ennemi ! Dario (Permis de tuer) n’apparaît pas beaucoup mais change tellement de l’habituel « grand blond » que je l’adore. Renard enfin (Le monde ne suffit pas) est probablement le plus intéressant, dommage que sa personnalité ne soit pas plus développée.
Chez les méchantes (ou à moitié seulement pour certaines) : Rosa Klebb (Bons baisers de Russie) est assez inoubliable dans le genre sorcière-lesbienne. Naomi (L’espion qui m’aimait) n’apparaît hélas pas beaucoup à l’écran, mais elle éclipse instantanément par sa présence la « gentille »… Octopussy (Octopussy) est excellente, je conseillerai à Bond de vivre avec elle s’il prend un jour sa retraite ! Fatima Blush (Jamais plus jamais) est marrante et dangereuse, un modèle du genre. May Day (Dangereusement votre) est vraiment unique dans la série et donc réussie. Et pour finir, Elektra King (Le monde ne suffit pas) est particulièrement complexe et ambiguë, et c’est tant mieux comme ça…
Chez les gentilles : Teresa Di Vincenzo (Au service secret de sa Majesté) gardera une place à part, forcément. Solitaire (Vivre et laisser mourir) aurait mérité d’être moins cruche, mais se différencie en tout cas des autres filles. Anya Amasova (L’espion qui m’aimait) est une agréable équivalence soviétique de 007. La glaciale Melina Havelock (Rien que pour vos yeux) mérite aussi d’être citée, ne serait-ce pour le désintérêt inhabituel (et donc bienvenu) qu’elle porte à Bond ! Pam Bouvier (Permis de tuer), à la fois efficace, sensible et drôle, permet de vraies interactions avec 007. Et enfin Jinx (Meurs un autre jour), accapare tellement l’attention qu’elle mériterait sa propre série, avec Bond comme second rôle !
Histoire de rigoler, qui sont les plus nuls de chaque catégorie ? Le pire méchant est pour moi Elliot Carver (Demain de meurt jamais), tellement irréaliste et sur-joué qu’il me lasse dès sa première réplique. Le pire homme de main est d’ailleurs son fidèle Stamper (Demain ne meurt jamais, à nouveau donc) ! Il est incroyablement inutile tout au long du film, et prouve que mesurer deux mètres et avoir une tête de nazi ne suffit pas pour être convaincant dans un tel rôle ! La pire méchante est peut-être Xenia Onatopp (Goldeneye), qui m’avait pourtant fait marrer à l’époque mais dont le personnage a hélas aussi mal vieilli que le film. La girl la plus nunuche est sans conteste Kara Milovy (Tuer n’es pas jouer), bête à manger du foin. Elle doit être ex aequo avec la particulièrement ratée Christmas Jones (Le monde ne suffit pas), à la place de laquelle un chimpanzé aurait probablement été plus crédible dans son rôle d’ingénieur nucléaire…
Pour conclure, je dirais que j’aime décidément bien cette série (il vaudrait mieux, car j’ai dû voir chacun de ces films 5 ou 6 fois en moyenne) ! Même si je suis très dur dans les critiques de certains d’entre eux, maintenant que j’ai fini de tous les revoir et que je relis ma liste, j’ai plutôt tendance à me remémorer les bons souvenirs que les scènes lourdingues. Histoire de faire un petit guide résumé, je termine en vous proposant une filmographie sélective. Si je devais éliminer environ la moitié des films, voilà la sélection chronologique que je vous conseille de (re)voir :
Avec Sean : Docteur No (car c’est le premier et il plante les bases de la série), Bons baisers de Russie (parce que Bond ou pas, c’est un bon film) et Goldfinger (parce qu’on ne peut pas l’ignorer si on s’intéresse à la saga). Avec George : Au service secret de sa Majesté (parce que c’est un des meilleurs). Avec Roger : L’espion qui m’aimait (car le spectacle est total), Rien que pour vos yeux (pour sa sobriété et son efficacité) et Dangereusement votre (pour son côté fun et sympathique). Avec Timothy : Tuer n’est pas jouer (pour sa perfection dans l’exercice de style qu’est un film de Bond) et Permis de tuer (pour son originalité et sa maturité). Avec Pierce : Le monde ne suffit pas (pour l’étrangeté de ses méchants) et Meurs un autre jour (pour ses nombreuses qualités qui l’emportent sur ses horribles défauts). Avec Daniel enfin : Casino Royale (car il est une sorte de « nouveau départ », et qu’il s’offre en prime le luxe de nous permettre de revoir les précédents films d’un autre œil).
Merci en tout cas d’avoir lu ma petite étude, j’espère que vous l’aurez trouvée intéressante et utile ! N’hésitez pas à réagir à ce que j’ai écrit, ici ou dans les précédents articles si ça concerne un film en particulier ;-)