Le récit de Gwennen (13/15) : La bête

Publié le par Weird

Lorsqu’il prononça mon nom, je sentis une vague de puissance déferler sur moi. La douleur et la confusion mentale que je ressentais alors semblèrent temporairement mises de côté. Cette sensation me rappela effectivement cette discussion sur la rivière, mais avec une différence majeure : le plaisir qui avait accompagné cette impression de détachement laissait ici la place au dégoût le plus profond. Le fait qu’il me nomme m’obligeait à le croire, mais c’était cette fois-ci contre ma volonté. Bien que forcée de l’admettre, je ne pouvais accepter cette hideuse vérité… Et pourtant, c’était bien le Haut-Rêvant qui se trouvait face à moi ! Profitant de cette accalmie dans ma souffrance physique, je me dégageai de son étreinte et me relevai rapidement. Sans crainte, il me laissa faire et se redressa à son tour, la bouche déformée par un cruel rictus. Je reculais jusqu’à m’adosser au mur, indécise quant à l’attitude à adopter. Depuis plusieurs minutes, je n’affrontais pas mon pire ennemi mais le seul allié qui aurait pu m’aider. Il fallait que je comprenne ce qui s’était passé avant de décider quoi faire. Je décidai donc de tenter de le faire parler…

« Mais que t’ont-ils fait ? » lui demandai-je. J’avais pensé jouer la comédie, mais ma voix était suffisamment bouleversée pour que je n’eusse pas à me forcer. Sans cesser de sourire, il plongea son regard dans le mien et prononça d’un ton amusé : « Gwennen, Gwennen, Gwennen… ». Je chancelai sous l’impact de son influence. Il semblait parfaitement maîtriser le pouvoir des patronymes et s’en servait contre moi. Après m’avoir nommée de cette manière, s’il m’avait demandé de sauter par la fenêtre, je l’aurais fait sans la moindre hésitation. Il me tenait, et souhaitait me le faire savoir. Sûr de lui, il me tourna d’ailleurs le dos avant de poursuivre : « Ils ne m’ont rien fait, si ce n’est m’ouvrir les yeux… Tu sais, j’ai découvert ces contrées alors qu’un conflit était sur le point d’éclater. Il m’a fallu prendre position dès mon arrivée, et je me suis fié à mon instinct. Malheureusement, j’ai ensuite regretté mon geste et perdu beaucoup de temps à t’écouter. Comme si tu pouvais réellement me servir de guide ! ». Il se retourna vers moi, les yeux brillants : « Et regarde la différence : en seulement quelques semaines, je suis devenu plus puissant que quiconque sur ces terres. Et surtout, je suis dans le camp victorieux ! ».

Sans me permettre de répondre, le Haut-Rêvant me fit signe d’approcher. Bien malgré moi, mon corps lui obéit et je fis quelques pas dans sa direction. « Tu vois, je t’avais dit que j’avais les moyens de te plier à ma volonté. J’aurai préféré que tu coopères, mais c’est sans doute plus simple ainsi. Nous partons immédiatement au château. ». Passant son bras autour de ma taille, en un répugnant simulacre d’étreinte, le Haut-Rêvant se colla à moi. « Tu sais quoi ? » me demanda-t-il tandis que nous quittions la cuisine, « J’avais tout d’abord pensé que nous aurions pu régner ensemble sur ce domaine. Mais je crois qu’il sera finalement plus amusant de te faire subir le même sort qu’à l’esprit qui gardait cette forêt. Avant que je décide de m’en occuper personnellement, il avait tout de même tué une vingtaine de boggarts. Aussi, bien que tu sembles plus facile à dresser que lui, je ne vais pas… ». Sa phrase resta en suspens, alors que nous approchions de l’escalier. A la lueur de sa torche, deux petits yeux aux reflets métalliques nous fixaient depuis les premières marches…

Moins d’un instant plus tard, le Haut-Rêvant m’avait totalement oubliée. Il était tombé sur le sol, luttant désespérément pour se protéger des attaques répétées qu’il subissait. J’étais non seulement libre de mes mouvements, mais aussi de mes pensées. Il avait complètement relâché la domination mentale qu’il avait établie en prononçant mon nom. Etrangement, la douleur recommença à pulser dans mon crâne, là où il m’avait frappée. A moitié sonnée, je ramassais la torche tombée au sol et éclairais la scène. Le Haut-Rêvant était en train de se battre contre son propre chat ! Je reconnus le petit animal que j’avais eu la chance de rencontrer lors de mon bref séjour dans le Monde de l’Eveil. L’adorable félin avait laissé la place à une bête sauvage, s’acharnant avec fureur sur son ancien maître. Ce dernier semblait d’ailleurs en proie à la terreur la plus totale, se contentant de protéger son visage du mieux qu’il pouvait. J’avais déjà vu les blessures que ce chat avait infligées à un boggart, mais le voir à l’œuvre était vraiment impressionnant. Il y avait un tel décalage entre la taille de ses petites pattes et la profondeur des griffures qui ornaient désormais les bras et le torse du Haut-Rêvant ! Ce dernier se mit d’ailleurs à hurler d’une voix suraiguë, tant de douleur que d’effroi.

En un quart de seconde, mon cerveau libéré évalua la situation. L’attaque du chat était sans doute mon seul espoir d’échapper au Haut-Rêvant. Mais le manoir était toujours entouré par les boggarts qui ne tarderaient pas à réagir aux cris. La seule issue qui me restait était donc le souterrain qui reliait cette bâtisse à la tourelle. Abandonnant le Haut-Rêvant à son petit bourreau, j’entrepris de redescendre en courant au rez-de-chaussée. J’atteignis l’entrée, passage obligé pour rejoindre la cave, au moment même où les premiers boggarts franchissaient la porte. Ils semblaient hésiter sur la marche à suivre, sûrement effrayés par les hurlements de leur nouveau chef. J’en profitai pour utiliser mon élan et cueillir le premier d’un coup de pied au bas-ventre. Le gnome ne s’était pas encore effondré que je plongeai la torche enflammée dans la capuche du second. Il recula en bousculant ceux qui le suivaient, me laissant le temps de me faufiler dans l’entrepôt. Tout en courant vers la porte de la cave, je me maudis intérieurement de l’avoir précédemment bloquée avec un meuble. Je l’avais presque dégagée lorsque plusieurs petits monstres me tombèrent dessus. Après une brève et vaine lutte, je me retrouvais sur le dos, les membres plaqués au sol et une lame sur la gorge…

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Publié dans Chroniques

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D
PS : Ne le prends pas mal, chez Weird, mais note bien qu'à sa place, je crois que j'aurais profité de l'intervention du chat pour t'achever ;-pre-PS : J'avoue "sécher" sur l'indice qu'on aurait dû remarquer ?!
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W
- DDC : Voilà l'indice : le fait que Gwennen mette son propre nom par écrit prouve bien qu'elle n'a plus grand chose à perdre, et en tout cas plus d'espoir de s'en sortir.
D
Non, j'avoue que je ne pensais pas le voir intervenir si tôt, je me demandais juste comment tu allais gérer la relation avec ton chat, si cela allait changer quelque chose qu'il ait été *tien*, voire si tu n'étais pas retourné expressément dans le monde de l'éveil pour le tuer !! Mais tu as l'air bloqué dans les hautes terres du rêve pour le moment... j'espère que dans l'autre réalité le temps ne s'est pas beaucoup écoulé, sinon il va finir par mourir de faim ! A moins que les boggarts ne suffisent à remplir son estomac.Qui sait, il pourrait peut-être apprendre ton prénom à Gwennen, qui doit se mordre les doigts de ne pas avoir accepté de le connaître quand vous vous êtes rencontrés !
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W
- DDC : Décidément, j'aime toujours la façon dont tu analyses mes chroniques, ainsi que les nombreuses idées que tu me proposes. Merci pour la qualité de ton retour, divine féline !!! :-D
M
Quand la Bête rejoint le roman !!!!!
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W
- Mae : Oui, il était temps que le véritable héros de ce blog se manifeste un peu !!!
W
Yeah, vive La bête ! Que son nom soit loué pour les éternités félines ! Mais malgré cet allié imprévu, Gwennen se retrouve en fâcheuse posture (j'aime quand même beaucoup sa technique d'attaque, je crois que j'aurais eu sensiblement la même ;-)...  <br /> Bon, maintenant qu'on est dans l'inconnu, on peut recommencer à espérer ?? Remarque c'est dangereux tout de même ce pouvoir des patronymes...
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W
- Wanderin : Héhé, La Bête est le chouchou des lectrices ! :-D
T
Haha!! Beware, beware Ze Bête!!Bon, cette fois je crois qu'on est revenus au passage qui a démarré tout ce récit de Gwennen... Que va-t-il se passer? Elle est vraiment en mauvaise posture...
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W
- Tortoise : Elle est même en très mauvaise posture, il y a un indice qui le montre, et je suis d'ailleurs surpris que personne n'en ait parlé dans les commentaires ;-)