Eyes wide shut (1/2)
Il y a quelques jours, j’ai revu le dernier film de Stanley Kubrick, Eyes wide shut. Ce long métrage occupant la plupart de mes pensées depuis, j’ai décidé de m’exorciser (!) en écrivant un petit article à son sujet… Je tiens à préciser que si vous ne l’avez jamais vu, vous pouvez lire cette note sans aucune crainte de spoiler, je ne vais pas vous parler de l’histoire mais de la façon dont je perçois le film. Lorsque vous aurez lu cette note, n’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me dire ce que vous pensez du film et si vous êtes également victime de la fascination qu’il exerce sur moi.
En fait, plus je revois ce film, plus je l’apprécie et j’admire l’exceptionnel travail de Kubrick. Mais revenons un peu en arrière, jusqu’en 1999, année de sa sortie. Stanley Kubrick meurt, et à vrai dire la nouvelle ne me fait ni chaud ni froid. Je ne suis pas spécialement fan de son œuvre (même si je reconnais son importance) et, à part Barry Lyndon que j’apprécie énormément, ses autres films ne m’ont jamais emballé plus que cela. Je ne me souviens pas vraiment d’avoir lu des critiques d’Eyes wide shut à l’époque, mais je crois que me rappeler que l’accent était surtout mis sur l’effritement du couple Cruise/Kidman, tant à l’écran qu’à la ville, et sur l’érotisme (tout est relatif) de l’œuvre. Bref, je n’ai ressenti aucune raison d’aller voir ce film à l’époque, ni même de l’emprunter lorsqu’il fut ensuite disponible en location.

Je ne l’ai finalement vu pour la première fois qu’il y a deux ans environ, simplement par curiosité cinématographique et parce que l’occasion se présentait à moi. Pour être franc, j’ai eu énormément de mal à accrocher (à cause d’un a priori négatif ?) et j’ai bien failli arrêter mon visionnage au bout d’une vingtaine de minutes. Je trouvais le démarrage très long et – disons-le franchement – plutôt chiant ! J’ai malgré tout fait l’effort d’insister, et j’ai vraiment eu raison, car je considère aujourd’hui cette introduction comme obligatoire à la mise en place de la suite. Le film dure un peu plus de 2h30, et si l’intrigue centrale ne commence réellement qu’après la première demi-heure, cette première partie est bourrée d’indices nécessaires pour comprendre (et apprécier) le reste… Au terme de ce premier visionnage, je ressortais un peu sonné, vaguement conscient d’avoir vu quelque chose de très important sans pour autant réussir à m'expliquer cette sensation.
J’ai revu ce film il y a quelques mois, et ce second visionnage m’a permis de l’apprécier nettement plus. J’étais débarrassé de mes doutes, et comme la phase de surprise due à la découverte était passée, j’ai pu me concentrer sur ce que je voyais et ce que j’entendais. Et c’est là que j’ai réellement pris conscience de l’incroyable richesse de cette œuvre. J’ai été beaucoup plus sensible à sa dimension onirique (qui m’avait échappé la première fois) et au fait que le film contenait les réponses aux questions qu’il posait au spectateur. Ces réponses ne sont jamais clairement apportées, elles sont – littéralement – dissimulées à l’écran. Grâce à une phrase à double sens, une couleur d’éclairage ou encore un élément de décors commun à deux scènes, Kubrick nous offre à travers ce métrage une énigme cinématographique comme je crois bien n’en avoir jamais vu par ailleurs. Vous connaissez ces jeux pour enfants où il faut retrouver des objets dissimulés dans un dessin ? Eyes wide shut est tout simplement la version filmée (et pour adultes) de ces devinettes !
La troisième vision, il y a quelques jours donc et sur un support digne de ce nom (j’ai acheté le DVD entre temps !) a confirmé cette tendance. J’ai encore pu découvrir des dizaines de nouveaux indices – parfois très bien cachés, parfois purement symboliques, qui se trouvent un peu partout. Bref, Eyes wide shut est certainement le film le plus intelligent (si on aime réfléchir à ce que l’on voit) que je connaisse. Toutes les scènes, tous les plans sont construits avec le plus grand soin. Il n’est pas une réplique, pas un détail visuel ou sonore qui soit dû au hasard. Je suis certain qu’après d’autres visionnages, je découvrirai encore des indices, des clins d’œil, des références à d’autres films, des bizarreries placées ça et là par Kubrick à l’attention des spectateurs. C’est tout bonnement incroyable, et j’invite tous ceux qui ne l’auraient jamais vu à ne pas commettre la même erreur que moi lors de ma première séance. Ce n’est pas pour jouer les intellectuels, mais je pense qu’un cinéphile qui n’apprécierait pas ce film est forcément quelqu’un qui n’aurait pas compris la règle du jeu. Dans le cas contraire, on ne peut être qu’admiratif et avide de le revoir, pour continuer à l’étudier encore et encore… comme moi aujourd’hui ! Je le recommande définitivement à tous les amateurs d’occulte, au sens premier du terme.