Eyes wide shut (2/2)
Bill décide de tenter sa chance avec une prostituée, et ce malgré les conséquences dont il est forcément conscient (MST et/ou répercutions conjugales). Notez tout d’abord la porte de l’immeuble qui est rouge vif. Dans le film, cette couleur est systématiquement associée au danger, au sexe et au fantasme… La boutique juste à côté se nomme « The Lotto Store », insistant sur le côté risqué et aléatoire de son désir, où il a plus à perdre qu’à gagner. Même le numéro de l’immeuble de la fille, « 265 », est une mise en garde (illisible sur ma photo, désolé). Un peu de numérologie pour vous en convaincre : 265 = 2 + 6 + 5 = 13, chiffre porte-malheur s’il en est. Croyez-moi, rien n’est dû au hasard dans cet incroyable film…
Une partie de l’intrigue est basée sur le fait que « le bon docteur Bill » (Tom Cruise) rêve d’évoluer dans les sphères de ses richissimes patients. Cet univers inaccessible – de luxe, de pouvoir et de sexe – est associé tout au long du film à un concept de société secrète. Cette première photo montre Victor (son patient le plus… puissant) dans sa salle de bain surdimensionnée. Observez comme les serviettes ont été pliées pour ressembler à des tabliers de francs-maçons…
Dans un club, Bill retrouve son ami Nick Nightingale qui griffonne « Fidelio », un mot de passe pour entrer dans une soirée très privée. Intrigué par tous ces secrets, Bill se saisit du mot et le montre à Nick en disant « Mais qu’est-ce que c’est ? ». Sachant que le film traite de l’adultère et que Fidelio signifie « fidélité », la question de Bill a ici un double sens très amusant !
Bill discute avec Milich dans la boutique de déguisements. Cette scène est l’occasion pour Kubrick de placer en quelques minutes un tas de références à ses précédents métrages (Eyes Wide Shut, film testament ?). Regardez bien la photo. Par son allure et sa robe de chambre, Milich ressemble à Jack Nicholson dans « Shining ». Les deux costumes au fond du couloir sont tout droit sortis de « Barry Lyndon ». Quant au tapis noir sur le sol, filmé sous cet angle, il évoque furieusement le monolithe de « 2001 l’odyssée de l’espace » ! J’ai choisit une photo où on voit trois références, mais vous trouverez également dans la même scène des clins d’œil à « Orange Mécanique », « Full Metal Jacket », « Lolita » ou encore « Docteur Folamour »…
Bill est suivi par un tueur mais, par chance, il réussit à lui échapper en se réfugiant dans un café. Là il décompresse et déplie son journal, permettant au spectateur de lire le titre en gros caractères : « Lucky to be alive ». Celui-là, difficile de le rater, même en étant à moitié endormi devant le film !
Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que ces quelques exemples vous donneront une idée de la richesse et de l’intelligence d’Eyes Wide Shut. Ce n’est pas tous les jours qu’un film propose au spectateur de réfléchir à ce qu’il voit, et rien que pour cela j’ai un profond respect pour Kubrick. Maintenant que vous connaissez la règle du jeu, peut-être aurez-vous envie de (re)voir ce métrage pour l’étudier ? J’ai pris cinq clichés qui me semblaient parlants sans dévoiler trop de choses, mais sachez que les clins d’œil de ce type se comptent par dizaines tout au long des 2h35 du film… Bonne chasse à tous les amateurs (comme moi) de symboles et de messages codés ;-)