Le pentacol - Chapitre 1 : Distorsion

Publié le par Weird

Saleté de chat ! Lui qui reste toujours tranquille pendant la nuit, pourquoi venait-il donc de me sauter dessus ? Le cœur battant, je m’assis dans mon lit, pestant intérieurement contre mon félin domestique. Non content de dormir toute la journée, il n’avait manifestement aucun scrupule à me réveiller en pleine nuit… Le bruit de ses petites pattes sur le parquet de la chambre m’indiqua qu’il était en train de quitter la pièce, le fourbe ! Enervé, je passai une main sur mon front couvert de sueur. En plus de m’avoir tiré de mon sommeil, il m’avait fichu une peur bleue ! Tout en attendant que mes pulsations cardiaques se calment, je jetai un coup d’œil vers le réveil-radio. La nuit n’était pas bien avancée, et j’aurai au moins la satisfaction de pouvoir dormir plusieurs heures… si seulement je me rendormais ! Hélas, j’étais non seulement parfaitement réveillé (ce qui était compréhensible) mais également soûlé, comme après un trop long sommeil. Après avoir hésité quelques minutes, je me levai, passai mes vêtements et gagnai la cuisine.

Etonnement, ces quelques mètres parcourus dans le couloir furent particulièrement pénibles. J’avais les jambes ankylosées, et je faillis perdre l’équilibre à deux reprises tellement ma tête tournait. J’allumai la lumière mais regrettai aussitôt mon geste, car ce brutal changement d’éclairage me provoqua un mal de crâne instantané. Tâchant de limiter les dégâts, je m’assis et demeurais sans bouger pendant une bonne dizaine de minutes. Ce fut d’ailleurs moins les symptômes physiques que mon désordre mental qui me poussa à rester ainsi immobile. En fait, pendant tout ce temps, j’essayais en vain de me remémorer ce qui se passait. Je n’arrivais à me souvenir d’aucun élément de la journée précédente, ni même à déterminer la date du jour. Aurai-je à me lever dans quelques heures pour aller au boulot, ou était-ce le week-end ? Je n’en avais pas la moindre idée… J’étais dans cet état léthargique lorsque mon chat se manifesta à nouveau en bondissant sur la table. Je sursautai de surprise, et cette nouvelle frayeur eu l’effet d’un électrochoc. Je me souvins tout à coup du dernier croquis du peintre, celui qui représentait une pièce confortable ! Je l’avais soigneusement étudié quelques heures auparavant, et j’étais allé me coucher en espérant rejoindre le lieu de mon initiation. Mais ensuite ?

Ensuite rien, et ce jusqu’à mon réveil brutal. Assurément, je n’avais donc pas réussi à rejoindre les hautes-terres du rêve. Par contre, rien n’expliquait cette amnésie temporaire, ni le malaise physique qui l’accompagnait. Après avoir caressé le petit fauve, qui me fit part de sa satisfaction par des ronronnements sonores, je sentis le besoin de me rafraîchir. Je gagnai donc la salle de bain et, encore chancelant, ouvris le robinet du lavabo. L’eau fraîche, passée sur mon visage, me fit un bien fou. Relevant la tête, je fis face à mon reflet dans le miroir et encaissai alors un nouveau choc. Je m’étais attendu à contempler un visage reflétant mes symptômes – yeux cernés et pâleur nauséeuse – mais ma stupéfaction avait une autre origine. Alors que je m’étais couché relativement bien rasé quelques heures plus tôt, je me retrouvai avec une moustache et une barbe de plusieurs semaines ! Etait-ce à nouveau ma mémoire qui me jouait des tours ? Un examen de mes cheveux confirma cet inexplicable phénomène : eux aussi avaient sensiblement poussé pendant mon sommeil…

Me détournant du miroir, je m’assis sur le bord de la baignoire et me mis à réfléchir à la situation. Quelle qu’en fut son origine, ce prodige capillaire était forcément lié, d’une manière ou d’une autre, aux contrées du rêve. Si seulement j’avais pu me souvenir de quelque chose ! Je me représentai bien la façon dont je m’étais couché, ainsi que la difficulté que j’avais eu à m’endormir… L’image fugitive d’un feu violent me traversa l’esprit. Etait-ce une cheminée, ou un brasier plus important, un incendie peut-être ? Ce souvenir disparut hélas, tandis que je tentai de me concentrer dessus. Si ma mémoire continuait à me jouer des tours, je sentis que mon état de santé s’améliorait doucement. Je devais être réveillé depuis moins d’une demi-heure, et j’avais l’impression de reprendre vie au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient. Résolu à comprendre ce qui avait bien pu se produire, je revins face au miroir pour examiner mon visage en détail. Je finis par trouver un nouvel élément qui me laissa aussi perplexe que ma pilosité… J’avais sur le front une cicatrice que je ne me connaissais pas !

Très fine, elle était quasiment invisible et ne pouvait être repérée qu’en étant particulièrement attentif. En fait, je ne la voyais que sous un certain angle, lorsque la lumière la dessinait. Verticale, elle barrait la partie droite de mon front, depuis mes cheveux jusqu’à mon sourcil. D’où pouvait-elle donc provenir, et de quand ? Elle n’avait en aucun cas l’apparence d’une blessure récente. Pourtant, malgré sa discrétion, j’aurai forcément dû la connaître si elle avait été ancienne. De plus en plus troublé, je continuais à examiner mon visage, comme si la solution de cette énigme avait pu s’inscrire sur ma peau. Hélas (ou heureusement ?), à part un regard un peu trop fiévreux à mon goût, je ne découvris aucune autre altération de mon apparence. J’en arrivai à la conclusion – peu satisfaisante mais sans autre alternative – que j’avais vécu une sorte de décalage temporel… Je n’avais dormi que quelques heures, mais un temps nettement plus important semblait s’être écoulé. Pendant cette période, je m’étais blessé au front, la coupure avait cicatrisé et mes cheveux avaient poussé. Ca ne voulait absolument rien dire, mais les faits étaient là.

La tête pleine de questions, je finis par aller me recoucher et attendis le matin sans réussir à me rendormir. Je me rasai de manière à éviter d’attirer l’attention, et constatai qu’une fois ordonnés et attachés comme à leur habitude, la pousse de mes cheveux n’était pas flagrante. Je me rendis donc au bureau comme si de rien n’était, et les remarques qu’on me fit ne portèrent que sur ma mauvaise mine. Plusieurs jours s’écoulèrent sans que quiconque évoque ma cicatrice ni que j’arrive à rejoindre les hautes-terres du rêve. Je mis toute ma maison sans dessus-dessous pour retrouver le coffret, mais lui et ses croquis semblaient avoir disparus pendant cette fameuse nuit. De plus en plus troublé, je ne cessais de m’inquiéter pour Gwennen. Cela faisait une bonne quinzaine de jours que je l’avais laissée sur le bateau. Guidés par la boussole que j’avais activée, le marin et elle devaient avoir rejoint l’île depuis longtemps. Mon état de santé s’améliora lentement, comme à la suite d’une méchante intoxication alimentaire. Plus d’une semaine après cette étrange nuit, j’avais repris la routine peu exaltante du monde de l’éveil. C’est alors que les choses changèrent dramatiquement, et que la frontière entre les deux mondes s’effaça à nouveau…

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Publié dans Chroniques

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F
Damned fuck ! La contrée Onirique n'est plus ce qu'elle était !
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W
- Feul : Toujours attentif aux réactions de mes lecteurs, j'avoue ici me demander pourquoi tu dis ça ? :-o
W
Ah merci merci merci !!! C'est génial de retrouver tes chroniques ! Surtout quand on commence sur les chapeaux de roues comme ça ! Si j'ai bien compris, on doit dire merci à La Bête pour t'avoir sorti de là...  Mais je me demande bien ce qui va arriver de si "dramatique" (comme d'habitude, tu joues avec nos nerfs :-D) Vivement la suite !
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W
- Wanderin : Mais de rien de rien de rien !!! C'est marrant que tu considère ce chapitre comme "sur les chapeaux de roues", pour moi c'était plutôt une reprise "en douceur" de la narration habituelle. Enfin ça me fait plaisir, merci :-)
M
aie, s\\\'il prend 10 ans à chaque voyage, il ne va pas faire long feu!
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W
- Mae : Ok, ok, on voit que tu as envie de retrouver ta place au top 10 toi ! :-D
M
aie, s'il prend 10 ans à chaque voyage, il ne va pas faire long feu!
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W
- Mae : Le temps du rêve est une chose  vraiment mystérieuse... :-)
T
Je n'ai qu'un mot: vivement la suite!(et aussi: c'est quoi, le pentacol? Mais j'imagine qu'on aura la réponse au fil des chapitres...)
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W
- Tortoise : Cool, la suite arrive dans quelques jours ! Et j'espère aussi qu'on apprendra ce qu'est le pentacol ;-p !!!