Le récit de Gwennen (9/15) : Le passeur

Publié le par Weird

Il y a quelques minutes, un boggart est entré dans ma cellule pour m’apporter mon repas quotidien. « Tu ferais mieux d’en profiter au lieu d’écrire ! » m’a-t-il lancé, moqueur. Comme si le fait de prendre ce qui – selon toute logique – sera mon dernier repas pouvait avoir une quelconque importance ? Tout sera terminé dans quelques heures, et je n’ai plus le moindre espoir de voir ma situation s’améliorer. Ma quête a échoué et je paye aujourd’hui le prix de mon inconscience. Il est désormais évident que j’avais sous-estimé mes adversaires ou pire, que je n’avais pas su les identifier. Alors non, je ne toucherai pas à cet infect gruau, et je passerai le peu de temps qui me reste à continuer mon récit. J’aurai souhaité coucher sur ces pages des évènements plus heureux, mais ce journal est tout ce qui restera de moi, aussi je me contenterai d’y relater ce qui m’est arrivé.

Si, pour une raison qui m’échappe, ce texte parvenait entre les mains d’une personne étrangère aux Hautes-Terres du Rêve, je me dois de vous expliquer qui est le Passeur. En fait, et jusqu’à ce que je le rencontre sur cette île, je doutais de sa réelle existence. Il s’agit d’une figure mythique de nos contrées, que l’on retrouve dans plusieurs contes que ma mère me narrait durant mon enfance. Il est toujours décrit comme un enfant au regard malicieux, mais j’étais loin de me douter que je contemplerais un jour de tels yeux. Il apparait généralement pour tirer le personnage principal d’une situation inextricable, lui permettant de passer d’un lieu à un autre sans avoir à voyager. Vous comprendrez donc ma surprise en découvrant non seulement qu’il existait pour de bon, mais surtout qu’il intervenait pour moi. Je ne suis pourtant pas l’héroïne d’un roman ! Enfin si, je le suis dans un sens, puisque le Haut-Rêvant parle de moi dans ses chroniques…

Enfin bref, le Passeur était debout devant moi, et il prenait un plaisir évident à observer ma stupeur. Je crois que dans d’autres circonstances, j’aurai cru à une mauvaise blague. Mais d’un autre côté, comment un simple enfant aurait-il pu se trouver sur ces terres à me faire une telle proposition ? Je réussis finalement à articuler une réponse : « Passeur, si vous pouvez m’aider à quitter cette île et à rentrer dans mon domaine, je… ». Ma phrase resta en suspens, car j’ignorai quoi ajouter. Je lui aurais bien proposé quelque chose en échange de son aide, mais en quoi aurais-je bien pu être utile à un tel personnage  ? Il éclata d’un rire gracieux, et tout en m’invitant à le suivre vers la vallée, me tira de mon embarra. « Ne t’inquiète donc pas, je n’attends rien de ta part. ». Je lui emboîtais le pas, à la fois soulagée et honteuse de me présenter à lui dans un tel accoutrement. « En fait… » reprit-il, « … je vais t’aider parce que ta quête me plait beaucoup. Ce que tu tentes d’accomplir nécessite un grand courage, et c’est le genre de qualité que j’apprécie chez autrui. ».

« Mais tout de même… », répondis-je en retrouvant un peu de confiance en moi, « Y aurait-il quelque chose que je puisse faire en retour pour vous remercier ? ». Le Passeur s’arrêta de marcher et, après m’avoir observé quelques instants, répondit : « Et bien, si tu tiens tellement à me rendre un service, tu n’as qu’à narrer notre rencontre à d’autres personnes. Plus je serais célèbre, plus loin je pourrai me déplacer. Il n’est pas un domaine des Hautes-Terres où je ne puisse me rendre, mais il existe bien d’autres mondes au-delà des Contrées du Rêve. Alors oui, tâche donc de faire cela pour moi. Diffuse ton histoire dans une autre réalité, si tu le peux ! ». Sur ces mots, il éclata à nouveau de rire, amusé par la requête a priori impossible qu’il venait de me formuler. Tout en continuant à le suivre, je réfléchissais à la manière dont je pourrais le prendre au mot, et une idée me fit sourire à mon tour. Avec l’aide du Haut-Rêvant, cet épisode de mon voyage pourrait effectivement être connu dans le Monde de l’Eveil…

Notre marche ne dura qu’une dizaine de minutes tout au plus. Quittant rapidement le chemin de terre, nous arrivâmes au pied d’un édifice circulaire de quelques mètres de haut. Des plantes grimpantes ornaient son pourtour, comme s’il s’élevait là depuis des années. Pourtant, j’étais certaine que, vue la faible distance qui le déparait de l’orée de la forêt, j’aurai forcément dû le voir précédemment. « Voici ma tour. » dit simplement le Passeur, avant d’ajouter, comme s’il avait lu dans mes pensées « Elle ne te semble pas très impressionnante n’est-ce pas ? Et pourtant, elle est à coup sûr la plus grande qu’il te sera donné de contempler. ». « Je ne comprends pas... » répondis-je. « Elle ne mesure que quatre ou cinq mètres… Il n’y a même pas de quoi abriter plusieurs étages. ». « Bien d’autres avant toi m’ont fait la même remarque. » constata-t-il, « Et pourtant, tu vas à ton tour comprendre ton erreur. ». Nous contournâmes le bâtiment jusqu’à découvrir une arche qui n’était close par aucune porte. A l’intérieur, un petit palier s’ouvrait sur deux escaliers : l’un menant vers le haut, et l’autre s’enfonçant dans le sol.

« Nous y sommes ! » dit joyeusement le Passeur. « Je t’avais promis de te ramener chez toi, et c’est chose quasiment faite. Tu n’as plus qu’à entrer et suivre les marches. ». J’examinais à tour de rôle les deux volées en colimaçon qui, dans les deux cas, s’ouvraient sur de profondes ténèbres. Si j’ignorais jusqu’où descendait l’escalier du bas, l’autre devait forcément se terminer rapidement. « Et bien ? » ajouta-t-il devant mon hésitation, « Tu ne souhaites donc plus retrouver ton foyer ? ». « Passeur, indique-moi quel escalier je dois emprunter. » lui demandai-je. « C’est cela qui te retarde ? » rétorqua-t-il du même ton léger, « Sache que cela n’a aucune importance. Ma tour ne fait pas vraiment la différence entre le haut et le bas ! ». J’avais la désagréable impression d’être devant une sorte d’énigme dont je ne comprenais pas les règles. Le choix que je semblai obligée de faire était-il aussi anodin que le laissait entendre cet étrange enfant ? Descendre au sous-sol ne m’inspirait qu’à moitié confiance, mais j’étais quasiment persuadée que l’escalier qui montait n’était qu’un cul de sac. Finalement, et comme il semblait s’impatienter, je pris ma décision. Après avoir pris une profonde inspiration, je pénétrai sur le palier et posai le pied sur une première marche…

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Publié dans Chroniques

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T
hé hé ... mais quel escalier ? Bon, moi je l'aime bien ce petit passeur, mais comme il n'a pas l'air vraiment intéressé par le problème de Gwennen, on peut s'attendre à tout... Je cours lire la suite !
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W
- The Wanderin : Ah oui, tu trouves qu'il n'est pas intéressé par son problème ? Il s'est pourtant manifesté pour l'aider non ?
T
Comment ça, elle est emprisonnée par les boggarts?Et en effet la question de l'escalier n'a pas l'air aussi anodine que le Passeur veut le faire croire... Je me trompe peut-être mais il ne me paraît pas blanc-blanc, celui-là... ???Mais que s'est-il donc passé?!Vite, la suite!!!
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W
- Tortoise : Héhéhé, ça me fait plaisir de voir que tu as hâte d'en savoir plus. Le Passeur te semble louche alors ? Grrr, ils sont tous étranges dans les Hautes-Terres ;-)
D
Mae> pourquoi en déduis-tu qu'elle a pris vers le haut ?
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W
- DDC : On a eu la même réaction ;-)
M
j'aurai aussi pris vers le haut!
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W
- Mae : Tiens tiens, c'est marrant que tu considères que Gwennen soit allée en haut. Je ne voit rien dans son récit qui l'indique...
D
Tu nous gâtes, dis donc !! Essayons donc de combler le trou :Le passeur, comme l'autre gardien, a-t-il voulu préserver sa neutralité en proposant deux choix ?Ou bien le domaine de Gwennen était-il envahi par les boggarts ?Si elle est prisonnière des boggarts, elle est peut-être tout près du haut-rêvant ?
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W
- DDC : Merci merci merci ! C'est toi qui me gâtes avec tes compliments et tes interrogations sur la suite. J'ai toujours un imense plaisir à constater que tu es très attentive au déroulé de cette histoire :-)